
Histoire classique
2 août, 2008Hier aurait été ma première journée. Je n’aurais pu fermé l’oeil de la nuit. J’aurais vérifié le cadran à toutes les vingt minutes. La crainte que la fatigue me rende irritable aurait ajouté à mon angoisse. Je me serais demandé si mon choix de vêtements était approprié. L’idée que cela ne justifierait pas le renvoi dès la première journée ne m’aurait pas rassurée – si seulement elle m’eut même effleurée. Je me serais pour la énième fois représenté la configuration des lieux dans ma tête. Parce que. Je me serais répété les noms de chacun. J’aurais pratiqué mon sourire poli et compréhensif pour celui ou celle qui aurait oublié le mien, et mon sourire engageant pour les nouveaux visages. Je me serais soudain inquiétée pour les conversations lors des pauses et, surtout, de la période de dîner. J’aurais fait l’inventaire mental de ma bibliothèque pour déterminer le livre qui m’aiderait à traverser indemne cette épreuve. Au cas où. Même si.
J’aurais refait le trajet pour m’y rendre dans ma tête. J’aurais calculé tous les possibles imprévus. J’aurais néanmoins gagé que je partirais légèrement en retard, et que je ne cesserais de me le reprocher tout au long du parcours. De même que je me reprocherais finalement mon choix vestimentaire qui me rendrait mal à l’aise. Je me serais promis de consacrer ma fin de semaine au shopping, même si j’y avais déjà passé la semaine. Chaque fois. J’aurais ragé contre la mode du moment. Je me serais demandé s’il était à la mode d’apporter son lunch. Je m’en serais voulue de ne pas m’être renseignée sur les habitudes alimentaires des autres. Je me serais dit qu’il me faudrait les suivre. J’aurais malgré tout été soulagée de ne pas avoir à afficher le repas que j’aurais chichement préparé.
Je me serais mise à douter. J’aurais regretté ma zone de confort. J’aurais néanmoins tenté de me convaincre du bien-fondé de ma décision. Je me serais servi l’argument du temporaire. J’aurais fait semblant d’être soulagée. Au moment où le réveil aurait sonné, j’aurais réalisé que j’avais oublié de remettre en question ma compétence à accomplir le travail auquel on s’attendait. Les attentes.
…
Au lieu de quoi je suis allée risquer ma vie en randonnée pédestre. Mieux vaut la risquer là qu’à un nouvel emploi.