
Lente agonie
21 août, 2008Travailler crée de dangereuses dépendances. Certains appellent cela des récompenses. Une journée éreintante de boulot contre un souper gastronomique au restaurant. Une réunion imprévue contre une séance de massage. Des heures supplémentaires contre un billet de spectacle. Une semaine de 80h contre une fin de semaine dans un gîte. Une tâche indésirable contre une séance intensive de shopping.
Bientôt ces récompenses ne suffisent plus à racheter les efforts professionnels. On en demande plus pour moins. On est de moins en moins satisfait, d’un côté comme de l’autre. Notre travail en souffre. On s’absente plus souvent sous de faux prétextes. Notre motivation s’essouffle, cependant que notre temps de loisirs s’accroît. Notre patron en vient à se plaindre. On le rassure, ce n’est qu’un problème passager auquel on peut mettre un terme dès maintenant. La résolution tient quelques jours, deux semaines au plus, puis on rechute. On ne parvient plus à rencontrer les exigences du poste. Et alors: renvoi, démission ou dépression. Notre ego le prend difficilement. On se sent comme un moins que rien. On n’a plus les moyens de se récompenser. On emprunte, on ment pour se convaincre qu’on mérite de s’amuser. On sombre lentement, mais sûrement. Certains poseront le geste fatidique. D’autres se relèveront, pour connaître chaque fois le même sort.
Allez, au travail.

« Travail » vient du latin « tripalium » qui signifie torture. Voilà, tout est dit. Sur ce, je m’incline devant la langue française. Elle dit avant même que l’on ne sache vraiment de quoi il en retourne.
À l’avenir, je m’abstiendrai d’écrire de longs textes. Je n’écrirai que l’origine latine du mot, et tout sera dit. Merci de m’enlever ainsi du travail ; je disposerai de davantage de temps pour les soins faciaux.