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Viv avait mal à l’oeil

31 août, 2008

Dans un stupide moment de distraction, Viv se retrouva avec une petite boule de disco dans l’oeil gauche. Hélas, quand elle s’en aperçut, il était trop tard. Déjà aveuglée par l’éclat scintillant de la boule, elle ne savait plus comment s’en débarrasser. Elle en avait la nausée, à la voir tourner sans relâche. Avec regret, elle regardait d’anciennes photos d’elle, ses yeux autrefois si ordinairement vides.

Malheur! Malheur toujours attaché à la même personne, tandis que tant d’autres dans le monde entier continuent de voir tranquillement avec leurs deux yeux, qui sûrement ne valaient pas mieux qu’elle. Si encore elle avait pu danser au rythme endiablé de la musique disco. Mais les boules disco n’en projettent pas, elles se contentent de briller de mille feux, c’est le mot.

Il vaudrait peut-être mieux consulter un médecin, lui dit sa mère. Il suffit souvent d’une crème…

Et Viv y alla.

Un oeil à amputer, c’est parfait, dit le médecin qui louchait. On pourra vous le remplacer avec un oeil articiel, un oeil de vitre ou de verre comme une boule disco. Comme vous êtes intelligente, vous n’avez pas besoin de vos deux yeux.

Viv se regarda mélancoliquement dans un miroir et s’excusa.

Docteur, c’est l’oeil gauche, vous savez, un oeil bien utile pour regarder ce que le droit ne peut pas voir. Justement, j’avais l’intention de lire un livre. Je me sers toujours de mes deux yeux pour lire.

Qu’à cela ne tienne, lui dit le chirurgien, lisez votre livre et nous opérerons ensuite. Je vais préparer le matériel d’amputation en attendant. Je reviens dans un instant.

Et le voilà déjà revenu.

Tout est pour le mieux, on nous attend.

Excusez, docteur, fit Viv, vous comprenez, la boule disco dans mon oeil m’empêche de lire.

Eh bien, lui dit le chirurgien, mieux ne vaut pas lire. Les livres sont ennuyeux. Ils racontent des histoires d’hommes au plafond et de têtes arrachées. Venez, les infirmières nous attendent.

Et ils arrivent dans la salle d’opération.

Docteur, écoutez, vraiment…

Oh! fit le chirurgien, ne vous inquiétez pas, vous avez trop de scrupules. Je vous raconterai une histoire après l’amputation. Je vais y réfléchir tout en vous opérant.

Tu aurais quand même pu m’en glisser un mot, dit la mère de Viv à sa fille. Ne va pas t’imaginer qu’un oeil perdu se retrouve facilement. Une fille avec un oeil boule de disco, personne n’aime ça. Dès que tu perdras ton autre oeil, ne compte plus sur personne. Les infirmes c’est méchant, ça devient promptement sadiques. Tu t’es figurée sans doute que ta famille t’aiderait bénévolement. Eh bien, tu t’es trompée, tu aurais mieux fait d’y réfléchir avant.

Écoute, dit Viv, ne te tracasse pas pour l’avenir. Je pourrai animer les partys disco

 

***

(20/12/2008) : La fiction me fait peur.

Un commentaire

  1. [...] : qui voudrait vivre dans mon monde où se trament des complots gynécologiques et des trafics d’oeil humain, même si les fesses de Roy Dupuis y sont ?) [...]



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