Archives pour septembre 2008

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Incipit

29 septembre, 2008

« Le vieil homme est assis au bord du lit étroit ; les mains à plat sur ses genoux, la tête basse, il contemple le plancher. Il ignore qu’un appareil photographique est installé dans le plafond juste au-dessus de lui. L’obturateur se déclenche sans bruit une fois par seconde, produisant quatre-vingt-six mille quatre cents clichés à chaque révolution de la Terre. Même s’il se savait surveillé, cela ne ferait aucune différence. Son esprit est ailleurs, à la dérive parmi les créatures qui hantent son imagination tandis qu’il cherche une réponse à la question qui l’obsède.

Qui est-il ? Que fait-il là ? Quand est-il arrivé là et jusqu’à quand y restera-t-il ? Avec un peu de chance, le temps nous dira tout. Pour l’instant, notre seule tâche consiste à examiner les photographies aussi attentivement que possible en nous gardant d’en tirer des conclusions prématurées. »

Sacré Paul Auster ; il m’a encore eue !

*

Une lecture qui me laisse perplexe, et pas seulement à cause du temps écoulé entre le début et la fin de l’exercice. C’est qu’une connaissance de l’oeuvre entière, ou presque, de l’écrivain est nécessaire pour une compréhension même minimale. Ou, si l’on veut éviter le maximum de travail, une recherche subséquente pour retracer les liens intertextuels (internes à l’oeuvre d’Auster) que d’autres critiques auraient relevés et à partir desquels se bâtit ce dernier opus. Une relecture, au mieux.

L’oeuvre d’Auster m’est assez familière, quoique je n’ai pas tout lu, loin s’en faut. Il m’apparaît pourtant que ce dernier roman est à la fois récapitulatif des textes antérieurs et annonciateur d’un nouveau cycle, d’un nouveau style – pas radicalement nouveau, mais néanmoins différent. Il faudra voir, avec toujours le même plaisir.

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Agace, masochiste et meurtrière

29 septembre, 2008

Quand on y pense, c’est drôle, cette irrépressible envie d’écrire. Un roman, des histoires, des poèmes, un essai: des projets orientés, déjà je le comprends mieux ; mais ces exercices futiles, capricieux et capsulaires qui bouffent tant de temps, à quoi bon? Non pas que les passe-temps doivent avoir d’autre but que le plaisir gratuit, mais c’est oublier l’acharnement chichement récompensé qu’exige une telle activité. Ce n’est pas comme si l’inspiration coulait à flots – souvent, le crayon me démange, la page me fait des yeux doux, mais le sujet se refuse obstinément à moi. L’écriture est agace ; elle séduit avec légèreté pour mieux rejeter avec violence.

Écrire demeure un travail ingrat, dont les résultats ne reflètent que rarement les efforts sanglants. Écrire relève d’un acte masochiste. Écrire rapproche chaque fois un peu plus de la mort.

Bah, on meurt tous de quelque chose. Je mourrai d’écriture, voilà tout.

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Tirer le rideau

26 septembre, 2008

On la disait étrange. Alors qu’elle avait simplement raison, la plupart du temps. Les gens ne sont pas familiers avec la lucidité.

Elle avait rechigné, notamment, contre toute cette attention. Parce qu’elle la savait aussi soudaine qu’éphémère, comme si, pour eux, l’instant était plus douloureux que la durée. La nouveauté devient rapidement ennuyante, justifiait-elle. C’était sa façon à elle de ne pas leur en vouloir – de se protéger lorsque l’intérêt s’essoufflerait. Elle supportait mieux une amitié discrète mais constante qu’une présence d’éclat efficace mais limitée ; celle-là était vraie cependant que celle-ci était motivée par quelque prétexte de nécessité ou d’urgence.

Qui sait ce qu’elle est devenue. On dit qu’elle a elle-même tiré les rideaux. Le spectacle était terminé, pour le public du moins.

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Question existentielle

25 septembre, 2008

Je me demande ce que deux filles le matin font en après-midi.

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Une artiste ratée

21 septembre, 2008

Dans mes rares flashes de lucidité, je réalise à quel point je me berce d’illusions. De croire que ce n’est pas autre chose qu’une construction, personnelle ou sociale. Qu’il s’agit d’un choix que, s’il ne me convient pas ou plus, je peux modifier à ma guise. Que cette chose que l’on appelle « norme » n’est que le résultat d’un consensus silencieux qui rassure. Que c’est avant tout une question de culture s’il se dessine une vision commune à plus ou moins grande échelle. Que c’est le signe visible d’un conditionnement qu’on ne remet pas en question.

Pourquoi, dès lors que j’ai le pouvoir d’envisager la vie de la façon qui me rendrait la plus heureuse, pourquoi je m’impose de telles limites? Pourquoi, justement, je ne cherche pas désespérément à être heureuse? Pourquoi j’accepte de subir le poids de mes conceptions pessimistes?

Les réponses ne sont guère aussi pertinentes que les questions, ne serait-ce que parce que celles-ci demeurent quand celles-là fluctuent. Elles sont tout au plus une tentative d’explication pour se donner l’impression qu’il y a un sens à comprendre. Si sens il y a, c’est celui qu’on veut bien créer. En ce sens, nous sommes tous des créateurs, et notre vie sera notre chef-d’oeuvre. Visiblement, l’art relève d’un jugement hautement subjectif.

Cela n’est pas plus vrai qu’un autre discours.

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Mon quartier

19 septembre, 2008

Je suis allée au bout du monde avant d’explorer la misère de mon quartier. Je dis misère : c’est un compliment ; la petite misère, elle est belle, elle est authentique, elle est éloquente, elle est inspirante. Celle des autres, certes, qui les transforme en une galerie de personnages fascinants. Un monsieur qui mange du bois sur un banc de parc. Une fillette qui fait du ski de fond sur le trottoir. Un vieil homme qui cherche une chaise volante pour son canari à la patte cassée. Une cancéreuse affalée contre un immeuble, à la recherche d’une oreille attentive. Une dame âgée qui parle à sa poupée comme s’il s’agissait de son enfant. Un alcoolique ivre mort que les policiers embarquent pour lui éviter une insolation en cette chaleur accablante. Les chanceux : leur misère les a qualifiés pour figurer ici.

Ma misère est sérieuse et tellement plus tragique…

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The end

18 septembre, 2008

Il était sorti pour fumer. C’était nouveau. Étonnant, même, lui si soucieux de sa santé. Mais je ne l’avais pas revu depuis treize ans, c’est vrai. J’avais atterri chez lui, une nuit, sans m’annoncer. Et pourtant il m’attendait (pas un regard surpris, pas une interrogation), moi et cette autre fille qui me semblait familière. Ce n’était pas Patricia – où était-elle, d’ailleurs, pendant que lui fraternisait avec nous, peut-même en secret? On ne devinait sa présence que sur le post-it où elle avait écrit en grosses lettres moulées Je t’aime xxx.

Moi aussi, je crois que je l’aimais à ce moment-là. Il aurait dit un amour de petite fille, comme si c’était moins sérieux. Un amour dont on ne revient jamais complètement,en vérité. C’est si commun, traîner avec soi une ancienne fêlure sentimentale. Commun, aussi, de régulièrement se rappeler au souvenir de celui qui vous fait souffrir. Cette autre fille, était-elle là pour les mêmes raisons – sa faiblesse, son masochisme?

Nous n’avons pas parlé, ou si peu. J’attendais qu’il aborde le sujet. Mais il s’est contenté de se plaindre de son épaule meurtrie, et de se moquer de mes pauvres atours avec l’inconnue. J’ai ri, sans joie. Presque avec indifférence, en fait, parce que ça faisait moins mal. Je regrettais déjà d’être accourue vers lui. Visiblement, il agissait pour que je ne recommence plus. La première fois en treize ans ; c’était encore trop pour lui. Soit.

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Quoi de neuf?

16 septembre, 2008

Bon.

(saura-t-elle tenir un autre discours, maintenant?)

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La disco-mobile

16 septembre, 2008

Derrière mes lunettes fumées ou mon oeil de pirate, je suis devenue une promeneuse de l’après-midi. Je laisse ma mémoire me guider, tout comme je la laisse me divertir. Elle a renoué avec ses 16 ans, hier. Il faut qu’elle soit vulnérable pour qu’elle se soit laissée ainsi attendrir. Elle l’a vécu en fait comme la trace d’un passé qui n’est jamais revenu avec autant d’intensité. Une sorte de nostalgie des tourments propres à l’adolescence. Dix ans se sont écoulés ; elle ne s’inflige plus une telle douleur, mais celle-ci ne se ressent pas moins ailleurs. Seulement, il est peu probable que la mémoire en éprouvera éventuellement quelque mélancolie.

Pas même pour le disco, et encore moins pour la vaseline.

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Offre d’emploi

13 septembre, 2008

J’avais oublié que je n’étais pas seule dans cette histoire-là – dans ces histoires-là, plutôt : celle de cette amie, celle de cette soeur, celle de cet acrobate, celle de cet employé mexicain, celle de cet écrivain au nez gorgé de sang, celle du Poète, celle de Patrick Fiori, même. Autant de narrateurs, autant de récits, autant d’existences, autant de rôles à assumer, autant de scripts avec lesquels mon histoire aurait dû composer. Mais il y a déjà longtemps que j’en réclame l’entière narration et l’unique point de vue (d’autant plus unique en l’occurrence, amère ironie). Bien mal m’en prit : je suis une narratrice cruelle, et me voilà encore sa (ma) souffre-douleur.

Aussi suis-je intéressée par toute offre de rôle ludique, léger, amusant, divertissant, jovial – héroïque, pourquoi pas. Je sais construire des bateaux en Lego, poser du papier peint, imiter une boule disco, fumer le calumet de la paix et repousser l’ennemi aux frontières. La nudité et les cascades ne me gênent pas, surtout si elles sont simultanées (des cascades toute nue). J’attends les propositions pour jouer un rôle dans le récit de votre vie.

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La leçon de français

12 septembre, 2008

C’est là où la langue française devient signifiante. Il ne s’agit plus de regarder la télévision, mais de l’écouter. Il ne s’agit plus de voir ses amis, mais de leur parler. Il ne s’agit plus d’observer les événements, mais de les aborder d’une certaine façon. Il ne s’agit plus de garder un oeil sur la soupe, mais de la remuer régulièrement. Il ne s’agit plus de jeter un coup d’oeil à son agenda, mais de vivre l’instant présent. Il ne s’agit plus de faire de l’oeil à son voisin, mais de le séduire. Il ne s’agit plus de lire (…). Le regard est diffracté dans toutes ces subtilités linguistiques pour n’être plus.

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Boîte vocale

10 septembre, 2008

Bonjour. Vous avez bien rejoint le blogue d’Une certaine Vie. Malheureusement, je ne peux (vous) écrire pour le moment. Veuillez laisser un message (anonyme, obscène, vulgaire, banal, silencieux, musical…) et j’y répondrai (anonymement, obscènement – bien que cela ne soit pas un mot -, vulgairement, banalement, silencieusement, musicalement…) dans les plus brefs délais. Merci.

Pour toute urgence, rejoignez-moi au party disco le plus près de chez vous.

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L’acrobate

5 septembre, 2008

Quand chaque mouvement devient un risque définitif. Vivre chaque instant avec ce sentiment de danger fatal. Alors que le corps continue d’avoir le réflexe de s’élever sur ses mains. Parce qu’il ne comprend pas que la situation a changé. – D’ailleurs, elle n’a pas changé, mais il y a eu prise de conscience forcée, à coup de rayons lumineux et de paroles en l’air, par des gens qui se prennent au sérieux à défaut de vous prendre au sérieux. La jeunesse demeure longtemps un obstacle à la considération publique. – Tout ce temps à s’en créer, voilà que les barrières se manifestent d’elles-mêmes. L’amitié contagieuse doit maintenant se dire et se réclamer à haute voix. On dirait presque qu’ils en sont heureux. Enfin ; profitons-en.

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Diagnostic

4 septembre, 2008

La fiction devient effrayante quand elle s’incarne dans la réalité. Comme aujourd’hui. On en sous-estime le pouvoir. Aussi vaut-il mieux raconter le passé qu’anticiper le futur. Peut-être vaut-il même mieux cesser d’écrire, avant de n’en être plus capable.

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Teaser

2 septembre, 2008

Voilà. Il me suffisait de parler de sexe pour dépasser la barre des 500 visiteurs.

Je garde les photos pour la prochaine fois.

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Adieu

2 septembre, 2008

Ma huitième rentrée universitaire.

*soupir*

Adieu, monsieur le professeur.
On ne vous oubliera jamais
Et tout au fond de notre cœur,
Ces mots sont écrits à la craie.
Nous vous offrons ces quelques fleurs
Pour dire combien on vous aimait.
On ne vous oubliera jamais.
Adieu, monsieur le professeur.
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Les limites de la fiction

2 septembre, 2008

« Merci de vivre »

Un tel compliment rendrait toute fiction invraisemblable.