Archives pour novembre 2008

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Folle putain

28 novembre, 2008

Ce jour-là, je me présenterai vêtue d’une robe rouge ajustée et de hautes bottes lacées en cuir luisant. Fardée et coiffée sans discrétion, je me déhancherai d’un bureau à l’autre en multipliant les clins d’oeil. Le message sera sans équivoque : j’ai changé. Les réactions seront discrètes mais bavardes en coulisses. Ils n’oseront pas l’avouer publiquement, même dans le secret de leur tannière, mais ils ne le penseront pas moins : elle a désormais autant de crédibilité que Nelly Arcan.

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Aristote

27 novembre, 2008

Ils espèrent la fin sans même connaître le début et moins encore les événements qui mènent celui-ci à celle-là. Moi qui ai été attentive aux moindres détails, je sais que d’attendre une fin à cette histoire n’est qu’un moyen de se rassurer. Il n’y aura ni achèvement, ni apaisement, ni transformation. Je ne leur en promets pas moins une, une fin, au risque d’en fixer le moment et d’en inventer les termes, afin qu’ils puissent entamer ou poursuivre une autre histoire.

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Lieux de solitude

27 novembre, 2008

L’histoire était clichée et maladroite, de celles dictées par un trop-plein d’émotions et dont la part d’imaginaire est réduite à des prénoms fictifs qui ne bernent personne. Comme s’il suffisait de raconter des faits qui n’ont pas eu lieu pour prétendre à l’invention. Le naufrage, l’île, les retrouvailles manquées, le suicide : des variations sur un même thème, celui d’une solitude mal gérée, mal assumée. 

Ce fut néanmoins le seul récit substantiel que je menai à terme, pour me donner l’illusion de contrôler cette histoire qui s’étirait depuis des années et à laquelle je devais imposer une fin. Une histoire qui, finalement, était aussi fabulée dans le monde réel que dans celui de la fiction, tant elle n’a eu de réalité – cette réalité que je lui reconnaissais – que dans mon esprit. 

L’île n’existe plus. L’histoire que j’écris aujourd’hui, c’est celle d’un monde conquis à coup de défaites humiliantes ou décevantes, dont la dernière a considérablement élargi ses frontières. Cette fois, je n’en vois ni n’en souhaite la fin. L’urgence est ailleurs.

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La dernière Vie

27 novembre, 2008

Au tour des mots de disparaître. La fin du monde ne laissera pas un dernier homme derrière elle, mais bien une émotion. La seule survivante.

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Avis de recherche

23 novembre, 2008

 

J’ai été volée. Sans traces d’effraction ni indices laissés par l’inopportun, je ne m’en suis pas aperçue immédiatement. En fait, je sentais bien que quelque chose clochait, mais je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. De toute façon, je ne l’aurais pas cru ou n’aurais pas voulu le croire, tant le geste me paraît inconcevable et me laisse incrédule. 

Ce n’est qu’en matinée que j’ai réalisé le méfait commis. J’ai d’abord fouillé partout de fond en comble, avec le mince espoir de retrouver ce qui m’avait été dérobé. Comme si je ne savais pas qu’il s’agissait là d’objets précieux, convoités par plusieurs. Je les avais moi-même acquis, voire mérités à coup d’efforts et de sacrifices, et je n’avais cessé depuis de craindre de les perdre. C’était arrivé à d’autres, après tout.

 Maudit sois-tu, voleur d’histoires! J’ai eu beau viré les mondes à l’envers, toutes les histoires ont disparu, sinon celles déjà connues. Je ne capte plus les idées en circulation ; l’air est étrangement vide. Récemment, j’avais rencontré un lutin qui se déhanchait langoureusement ; envolé! Le touriste agoraphobe,  le mutilé du nombril et Christophe Colomb en bobettes ont connu le même sort, vraisemblablement. Ils n’ont pas fui, pour sûr ; enthousiastes, ils anticipaient leurs aventures prochaines. Colomb attendait avec impatience de fonder une Amérique nudiste – que serait notre continent aujourd’hui? – , et le lutin s’apprêtait à participer aux olympiques de cerceau.

Ni le Chat botté ni Bouscotte ne les ont croisés. On m’a volé mon imagination. C’est un Noël triste qui s’annonce ; sans invention, la réalité, celle des fêtes en particulier, devient insupportable. Même l’alcool n’y suffira pas. Que sont les histoires devenues?

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Neverland

18 novembre, 2008

Ils me parlent tous de 2009 comme si j’allais encore exister à ce moment-là. Ils ont déjà oublié 2007, 2006 et toutes les autres années. Ils me font miroiter des projets qui n’ont déjà plus de sens pour moi, pas plus que leurs paroles. Je choisis le silence pour l’instant. Ils ignorent que je prépare depuis quelques semaines ma prochaine disparition, déjà amorcée d’ailleurs. En fait, je ne la prépare pas ; je réintégrerai la zone d’ombre qui, en me dérobant à la face du monde, me permet toute liberté. Ils ont aussi leur espace d’errance, mais il n’est pas exclusif. Lorsque j’y serai de nouveau, ce sera pour n’en plus sortir, je l’espère. Là, maintenant, j’ai hâte de ne plus exister, sinon ici et là-bas.

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Le bonheur en joggings

15 novembre, 2008

J’ai mis mes lunettes bleues et mes pantalons de jogging aujourd’hui. D’autres en auraient fait un événement à célébrer, autour d’une fondue chinoise et d’une bonne bouteille. Les choses ne se passent pas ainsi dans mon monde. Ici, on oublie. On n’oublie rien ; on oublie qu’on pourrait ou qu’on devrait. Mais la prostitution n’est pas permise. Le quotidien s’ignore, l’infime ennuie, le compromis déçoit. La seule foi qui vaille, c’est celle en l’intensité. Si elle est trop fugace pour qu’on y croit, on ne l’espère pas moins. Rien en-deçà de l’extase, l’exaltation, l’émerveillement. l’emportement, l’épiphanie, l’assouvissement, la béatitude, la passion – la douleur corrolaire, forcément. Un bonheur que ne sauraient susciter des lunettes et des joggings.

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Une histoire de cul

15 novembre, 2008

« Charest, j’y fais pas plus confiance qu’à mon cul. »

- Citoyenne de Saint-Cyrille-de-Wendover
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Footloops

12 novembre, 2008

Les derniers jours m’ont forcée au silence. C’est chaque fois la même chose, lorsque je revêts mon déguisement d’adulte en mal d’avenir. J’aurais dû l’enlever au lendemain de l’Halloween. J’ai oublié, mais c’est à croire que personne n’a remarqué mon drôle d’accoutrement.

Il faut dire qu’il n’est guère effrayant comme le costume d’un buisson ni risible comme celui d’un autonomiste. Au contraire, même : je sais qu’il plaît, non pas parce qu’il m’avantage – il est mal ajusté -, mais parce qu’il rassure. J’ai l’habit rassurant, voilà. Moi, il m’indispose au quotidien. Aussi je le porte rarement, plus rarement encore de ma propre initiative, mais on me l’enfile de force de plus en plus fréquemment.

Le fait est que je ne sais plus quel chapeau me convient. Celui d’auteure de romans-feuilletons sur des boîtes de Footloops m’apparaît fait sur mesure.

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Le foulard rose

2 novembre, 2008

Je suis atteinte de nostalgie imaginaire. J’ai le regret de faits qui n’ont jamais existé. Je m’ennuie de Paul, mon compagnon de varicelle. Nous ne sûmes pas qui avait contaminé l’autre, mais peu nous importait : c’était à qui avait le plus de boutons. Chaque jour nous les comptions, dans les limites de nos connaissances ; il en avait trente-douze et moi, trois millions de trillions. Je gagnai ainsi le droit d’exprimer ma souffrance, à coup de lamentations dignes d’une fin du monde, cependant que lui supportait le mal en silence. Il pleura une fois, en cachette. J’en fus ébranlée et, les nuits suivantes, je lui appliquai du Vicks, même si l’odeur m’écoeurait ; j’avais vu ma mère le faire pour mon père qui se plaignait de douleurs, et cela semblait le soulager.

La grand-mère de Paul veilla sur nous. Elle inventa mille jeux pour nous distraire de notre inconfort. Nous devînmes des super-héros victimes de poil à gratter, dont les effets étaient extrêmement dangereux : non seulement le poison avait-il le pouvoir de désintégrer lentement nos masques, risquant ainsi de dévoiler notre véritable identité mais, si nous avions le malheur de nous gratter, la conséquence était mortelle. Le seul antidote, c’était d’ignorer les démangeaisons aussi longtemps que possible, jusqu’à ce qu’elles se lassent et disparaissent. La grand-mère de mon ami de fortune nous y aida en nous initiant à la cuisine et au tricot – quoique Paul nia toujours avoir appris à manier les aiguilles.  

Aujourd’hui, ni séquelle de varicelle ni photographie de Paul pour corroborer ce souvenir. Mais, au cimetière du quartier où j’ai grandi, on peut apercevoir un petit foulard rose, lequel, lorsqu’on s’en approche, révèle toutes les imperfections d’une main malhabile. Il flotte au-dessus de la pierre tombale d’une certaine Florence.

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Mon calendrier

1 novembre, 2008

J’avertirai d’abord que je ne parlerai pas de l’Halloween, parce que je n’en ai rien à dire, rien qui dépasse l’anecdote qui comble les silences gênés. Les jours qui précèdent, j’aurais tenu un autre discours, prête à profiter de toutes les fêtes pour m’amuser jusqu’à la folie et à la débauche. Les occasions spéciales ont rarement lieu les journées où l’humeur est au diapason. Aussi songé-je à réinventer le calendrier autour de ma personne.

 

Consensuelle (prototype)

01/11/2008. État d'âme: consensuelle (prototype)

Les calendriers de 2009 déjà sur le marché feront prochainement l’objet d’un autodafé. Ils seront remplacés par un calendrier qui s’élaborera au jour le jour, en fonction de mes états d’âme, lesquels seront également mis en valeur par chacune des 365 photographies dont je serai le mannequin. Des fêtes ajoutées, d’autres retranchées, d’autres encore déplacées, répétées et/ou réinterprétées : au quotidien se substituera l’imprévu, et chaque année apportera son lot de réaménagements et, donc, de surprises. Il faudra notamment s’attendre à une journée de l’Avant, consacrée à la nostalgie, et à un congé de l’Action de grasses, réservé exclusivement à celles que cela concerne. 

 

Accessible en ligne, dès le 1er janvier 2009.