Archives pour décembre 2008

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Une histoire de fesses pour terminer l’année 2008

31 décembre, 2008

Il m’arrive souvent de penser aux fesses de Roy Dupuis. Comme ce matin, alors que je cherche la définition de certaines émotions que j’éprouve. Je fais ça souvent – penser aux fesses de Roy Dupuis et chercher des définitions, séparément ou simultanément. Je me dis que en comprenant exactement la nature de tel sentiment, je saurai ne plus m’en laisser atteindre. Je ne me dis pas la même chose pour les fesses de Roy Dupuis.

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Porteurs de Prothèses dentaires Anonymes

30 décembre, 2008

« Je m’appelle Judith. Je porte une prothèse dentaire. » Une publicité pour Polident. On aurait dit une déclaration d’un P.P.A. – Porteur de Prothèses dentaires Anonyme.

Dans un monde où il faut feindre le naturel et l’authenticité, les handicapés dentaires se sentent isolés et honteux. Même à leur famille, ils n’osent avouer leur dentition artificielle, de crainte d’être reniés ou pointés du doigt. Frustrés dans leur silence imposé, quelques-uns ont donc fondé un groupe de soutien qui se réunit clandestinement.

Les plus téméraires prennent la parole pour admettre leur dépendance. « Bonjour, je m’appelle Monique. » « Bonjour Monique ! » « Je… Je suis une porteuse de prothèse dentaire. » Applaudissements. À la suite de quoi Monique dépose son dentier dans un verre d’eau, signe qu’elle accepte désormais ouvertement sa condition. La lutte n’est pas terminée pour autant. Il lui faut continuer d’assister aux réunions, pour éviter toute rechute. Elle ne sait que trop bien ce qui est arrivé à Gilles le mois dernier : il est mort étouffé par ses deux dentiers du haut, qu’il avait tenté de porter simultanément sans pouvoir se contrôler.

Il est interdit aux Porteurs de Prothèses dentaires Anonymes de côtoyer des dentistes à moins de 100 mètres. Si, après des années d’abstinence, ils se considèrent suffisamment solides, ils peuvent fréquenter de tels cabinets, mais seulement pour y lire les vieilles revues. C’est le test ultime ; s’ils le réussissent, ils reçoivent une vraie dent de lait en récompense de leurs efforts. Ils ont inventé une histoire de fée des dents pour justifier leur commerce illégal de dents d’enfants.

Las de vivre dans le mensonge, ils ont récemment créé une micro-société, un quartier réservé aux détenteurs de prothèses. Aux dernières nouvelles, il est question de tenir des Jeux Olympiques exclusivement pour eux. On parle déjà d’une épreuve de « cracher de dentiers » et  de « lancer du marteau avec les dents ». Un dossier à suivre.

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Écrire une histoire de cul n’est pas donné à tout le monde

18 décembre, 2008

Si j’écrivais une histoire, elle débuterait par un couple qui baise dans une voiture, sur le siège avant du passager. À l’arrière, le fils de la femme adultère feindrait de dormir. La description serait décevante, le narrateur ayant échoué son cours de description à l’école de narration. Il parlerait d’une grosse Chrysler brune des années 1950 sans être certain du modèle exact, ni de la couleur, ni de l’année. Se réclamant d’intertextualité, il reprendrait mot à mot les clichés rencontrés dans ses lectures érotiques : petits cris étouffés de la femme, râles rauques de l’homme, ongles affutés et dos lacéré, orgasme soupiré, grincements du banc, buée dans les fenêtres. Le narrateur prétexterait d’ailleurs cette buée pour justifier son compte rendu approximatif de la scène, déguisant son inaptitude en stratégie narrative. Ironiquement, il se désintéresserait de son récit pour cette même raison : son ambition de raconter une histoire de cul serait empêchée par sa propre incapacité. Du reste, il ne saurait que faire du couple et de l’enfant après le coït. Le mari l’apprendrait, et cela deviendrait une histoire de divorce violent ? L’enfant grandirait traumatisé, et il se retrouverait prostitué dans un pet-shop ? Le couple adultère se lancerait en affaires en investissant dans un club d’échangistes ? À moins qu’il ne complote contre le cocu pour le tuer et hériter de sa fortune ? Une bâtarde naîtrait de leurs ébats ; la grossesse et la naissance seraient ignorées de tous ; l’enfant serait envoyée dans un orphelinat et, des années plus tard, elle tomberait amoureuse de son demi-frère insoupçonné ? Ou, encore, elle servirait d’instrument de vengeance par ce demi-frère qui en aurait appris l’existence et qui ferait chanter sa mère ? Le narrateur serait bien embêté devant le vertige des possibilités de cette histoire qu’il ne voulait que sexuelle. Le sexe, c’est trop compliqué, se dirait-il finalement ; mieux vaut laisser tout ça à l’imagination – ou à la pratique réelle.

Voilà pourquoi je n’écris pas d’histoires ; j’ai le narrateur incompétent.

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Le chevalier déchu

14 décembre, 2008

Il a hésité un instant, puis il s’est contenté d’un sourire triste – mais résigné, je dirais. J’en ai eu un pincement au coeur (mon premier ; j’ai su, enfin, ce que c’était, et ça fait mal). Je l’aurais pris dans mes bras, si j’avais été ce genre de femme, ou si cela avait été approprié (bref, je ne l’aurais jamais fait). Tout ce temps à m’imaginer nos conversations, ces monologues où je lui crachais ma détresse en plein visage (toujours ce fantasme de cracher ma nudité à tout vent). Seulement parce que nos rôles me le permettraient (et parce que j’ai la faiblesse de croire que ça me ferait du bien).

De tous les débordements festifs de la soirée, c’est son fragment de désoeuvrement qui me hante. S’il n’est plus invincible au découragement, s’il n’est plus mon rempart contre le désespoir, il ne me reste plus qu’à me coucher en boule et à attendre la fin. Ce soir-là, j’aurai donc perdu mon Chevalier Contemporain et ma Dernière Duchesse.

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401

10 décembre, 2008

Récemment, le maire de Québec consultait les citoyens à propos des façons de pallier le post-partum des fêtes du 400e en 2009. Sur le site de la ville de Québec, on nous incite à proposer de bonnes idées qui « pourraient contribuer au rayonnement de la beauté et du dynamisme de notre ville ».

400eDans la continuité des projets grandioses lancés en 2008 et qui ont fait la fierté des citoyens et la renommée de la ville, je soumets donc l’idée que, en date du 1er janvier 2009, clignote le nombre 401 sur le complexe G.

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La femme qui rit

8 décembre, 2008

J’ai rêvé grand aujourd’hui.

Des effluves de linge fraîchement lavé rivalisaient avec les odeurs de pot-au-feu, de pain, de biscuits et de café qui s’échappaient de la cuisine. La passion de Beethoven s’harmonisait avec les plaintes du saule pleureur à l’approche du crépuscule. Sur le mur que l’ombre grugeait, on devinait des mines enjouées d’enfants et des lendemains de veille de jeunes adultes. Une autre photographie d’un homme âgé traînait aux côtés de ce qui ressemblait à un manuscrit. Des livres partout s’amoncelaient : des écrits de Voltaire sur Louis XIV sous le faible éclairage de la bougie, le dernier roman de Saramago sur le fauteuil de lecture reçu en héritage, le journal intime de Kafka et la correspondance de Vincent Van Gogh à son frère sur la vieille table de chevet, des oeuvres du XIXe siècle flirtant avec le piano à queue. Les bibliothèques garnies ne permettaient pas d’envisager une pénurie prochaine, quand bien même l’hiver forcerait à la réclusion. Le feu de foyer promettait déjà des jours heureux.

Surtout, je ne pouvais plus m’arrêter de rire.

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Au cas où

6 décembre, 2008

Je t’écris parce que j’ai l’impression que tu pourrais me sauver de ma tristesse. C’est stupide. Je sais que tes mots n’y peuvent rien – ou n’y ont jamais rien pu, ce qui n’est pas tout à fait pareil. Du reste, j’ignore quel mot me soulagerait. Peut-être parce que nous n’avons pas de mots à nous. Tout au plus quelques étreintes, aussitôt partagées, aussitôt éteintes. 

Je t’écris pour que tu ne m’oublies pas, entre le  souvenir de ces étreintes passées et l’attente de nos étreintes futures. C’est stupide. Les silences, même longs, ne causent pas forcément l’amnésie. Tu me l’as montré. Mais ils nous rendent difficilement indispensables à l’autre. Si on survit à l’absence, à quoi bon poursuivre et maintenir la présence?

Je t’écris pour provoquer ta présence. C’est stupide. Les confidences sont rarement spontanées ; que je sois constamment là ne t’encouragera pas à me révéler quelque secret. Le temps des secrets est révolu – et le nôtre aussi, sans doute. J’en suis convaincue mais, si les certitudes ont le mérite de rassurer, l’espoir a l’avantage du rêve. Le rêve qui laisse croire que ce quotidien n’est pas la fin de tout.

Je t’écris au cas où.