Il était à la recherche d’un habit rassurant. Je n’avais rien à lui offrir, sinon ma poche de vêtements défraîchis, que je donne pour la même raison que les conserves à Noël : les démunis n’ont pas d’autre choix que de se contenter de peu, alors autant en profiter. Lui, il a réagi avec dédain. Il n’était pas pauvre, non mais ; il avait peur. D’où l’habit. Rassurant.
Il m’a pris la main et m’a entraînée dans sa chasse. Il me promettait, en échange de mon temps, un habit débrouillard. Nous avons volé de voisins en boutiques, de friperies en bazars, de ventes de garage en comptoirs vestimentaires, de l’Armée du salut en Refuge des Nudistes anonymes. La mode était aux habits oisifs et aux robes contrôlantes. Pas d’habit qui protège contre la peur ou le brouillard. Tout juste un bas malin, mais le pouvoir ne dépassait pas la cheville. J’avais le pied malin. Et l’oeil triste de sentir le dépit de mon compagnon d’infortune.
Je l’ai ramené chez moi. Je lui ai servi une limonade. Je me suis esquivée au grenier pour récupérer un vieux drap. J’en ai fait une cape. Je lui ai dit qu’elle avait appartenu à une de mes ancêtres, accusée de sorcellerie. Je l’ai convaincu qu’elle rendait invisible. Qu’il ne craindrait pas lorsqu’il la porterait. Je me préparais à jouer la comédie. Oh, mais où es-tu? je ne te vois plus! Mais il n’a pas enfilé la cape pour en tester les vertus. Il n’avait pas peur.


