Archives pour avril 2009

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L’habit fait le lardon en foire

11 avril, 2009

Il était à la recherche d’un habit rassurant. Je n’avais rien à lui offrir, sinon ma poche de vêtements défraîchis, que je donne pour la même raison que les conserves à Noël : les démunis n’ont pas d’autre choix que de se contenter de peu, alors autant en profiter. Lui, il a réagi avec dédain. Il n’était pas pauvre, non mais ; il avait peur. D’où l’habit. Rassurant.

Il m’a pris la main et m’a entraînée dans sa chasse. Il me promettait, en échange de mon temps, un habit débrouillard. Nous avons volé de voisins en boutiques, de friperies en bazars, de ventes de garage en comptoirs vestimentaires, de l’Armée du salut en Refuge des Nudistes anonymes. La mode était aux habits oisifs et aux robes contrôlantes. Pas d’habit qui protège contre la peur ou le brouillard. Tout juste un bas malin, mais le pouvoir ne dépassait pas la cheville. J’avais le pied malin. Et l’oeil triste de sentir le dépit de mon compagnon d’infortune.

Je l’ai ramené chez moi. Je lui ai servi une limonade. Je me suis esquivée au grenier pour récupérer un vieux drap. J’en ai fait une cape. Je lui ai dit qu’elle avait appartenu à une de mes ancêtres, accusée de sorcellerie. Je l’ai convaincu qu’elle rendait invisible. Qu’il ne craindrait pas lorsqu’il la porterait. Je me préparais à jouer la comédie. Oh, mais où es-tu? je ne te vois plus! Mais il n’a pas enfilé la cape pour en tester les vertus. Il n’avait pas peur.

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Jardin secret

9 avril, 2009

Maintenant que je l’ai avoué à certains – qui ne s’en sont pas encore remis -, autant le déclarer ici : je suis une adepte des montagnes russes mais, surtout, des mines de charbon. D’autres se suicident pour moins, je sais. Que l’on se rassure : ce n’est pas contagieux.

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Cyrano mangeait des crottes de fromage

5 avril, 2009

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Ce n’est pas la première personne bizarre que je rencontre dans un autobus. Il n’était même pas aussi bizarre que cette femme qui traitait sa poupée comme s’il s’agissait d’un enfant (j’avais toujours considéré comme le comble de l’absurde cet épisode de La petite vie où Lison, pour « stimuler ses ovaires », devait jouer à la mère avec une poupée. Et pourtant). Lui, il avait l’étrangeté discrète, quoique incontournable par un nez qui le rendait digne de Cyrano. Cyrano utilisant le réseau de transports en commun. Tranquillement sénile et mangeant des crottes de fromage. Il les suçait, en fait, du haut de ses quelque soixante-dix ans. Ces années visiblement lui pesaient – les minutes, même, puisqu’il rapetissait au fil du trajet. Son dos se voûtait un peu plus à chaque bouchée, si bien que je n’ai bientôt plus vu que son cou, sa tête blanche se perdant dans son sac de croustilles oranges. Il n’avait plus à fournir l’effort de porter la main à sa bouche. Pas une seule fois il n’a regardé à l’extérieur pour vérifier si son arrêt approchait.

J’ai laissé passer mon propre arrêt.