Archives pour août 2009

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Comme si

31 août, 2009

Ivre de sa présence, ivre de l’énergie un peu folle qui règne sur Londres. Je n’ai pas réfléchi. J’ai acheté un billet sur le marché noir, convaincue que celui qui se faisait arnaquer, c’était le vendeur qui refusait de le célébrer en assistant à la performance. My mistake.

On nous demandait de faire “comme-si” – comme si c’était vrai, comme s’il était là, comme si les chanteurs performaient aussi bien que lui, comme si nos pas de danse égalaient les siens, comme si, au final, on s’amusait, comme si on appréciait. Une fiction grandeur nature, dans laquelle on était appelé à jouer un rôle. Je ne sais pas faire semblant. Lui, au contraire, en était réduit à cela depuis longtemps. Peut-être se situait-il d’ailleurs là, l’hommage : non pas sur sa qualité d’entertainer mais sur son art de la feinte.

Il aurait pu être dans la salle ce soir-là que personne ne l’aurait reconnu. C’était, je crois, ce qui m’avait bêtement poussé à me rendre dans ce Jazz Café – qui n’avait de jazz que le nom, en cela fidèle au concept du “comme-si” de l’événement. Comme si cette reprise rap de sa chanson avait la saveur de l’originale. Comme s’il suffisait de hurler son nom au micro pour qu’on le respecte davantage. Tous ces “comme-si” soulignaient à gros traits son absence : avec lui, on ne ferait pas semblant.

J’ai quitté avant la fin, si fin il y a aux “comme-si”. Peut-être en profitons-nous alors pour agir comme s’il n’y avait jamais de fin, comme si le plaisir s’éprouvait continuellement, comme s’il n’existait pas de lendemain. Or, je veux qu’il existe un lendemain, car c’est ce lendemain qui justifie ma présence à Londres. Comme si j’étais à Londres.

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Une gigue postmoderne à l’anglaise

29 août, 2009

Du moment que je suis prise de frissons, je sais qu’il n’y aura plus rien à comprendre. Si la raison continue de dominer, j’en suis réduite à avoir honte de me laisser aller à des gestes inexplicables. Mais la foule a ceci de réconfortant pour l’esprit culpabilisant qu’elle endosse toute responsabilité de la folie qui s’empare de ses membres.

Je n’ai rien vu, sinon des bras, des jambes, des torses, comme détachés de leurs corps d’origine. La proximité et ma taille de géant m’empêchaient de distinguer autrement que par métonymie. Je n’ai rien vu, donc, ni davantage entendu. S’il est possible de franchir la barrière du son, le son se heurte pour sa part à la barrière humaine. Je n’ai rien entendu, donc, ni davantage bougé. Ce n’est pas tout à fait vrai: le gros chauve me poussait d’un côté, l’ado hystérique me frappait de l’autre. Un pas en avant, deux en arrière, piétine l’un, postillonne sur l’autre. Une gigue postmoderne, quoi.

Ni vu, ni entendu, ni bougé. Jusqu’à ce que le silence gagne la foule, dès lors paralysée par l’anticipation. Un décompte s’est enclenché. Des grincements se sont élevés. Des pieds ont tremblé. Des cous se sont tendus. Ils ont ouvert les yeux, pas tous en même temps. Leurs corps se hissent, mécaniquement ; certains rampent. Le temps de cligner des yeux qu’ils sont tous debout, les hanches hypnotisées. It’s close to midnight, ils courbent le dos. Ils enfilent leurs griffes, sortent leurs crocs. Je crois même que quelques-uns grognent. Tantôt ils se traînent la patte, tantôt ils frappent des mains, mais toujours avec le regard vitreux de ceux qui reviennent de loin pour se venger. They’re out to get you. Ils y vont encore de quelques bonds de garous, puis s’effondrent dans un rire démoniaque.

Quand je disais: folie qui s’empare de ses membres. Quand je disais: phénomène inexpliqué et inexplicable. Quand je disais, néanmoins: frissons qui parcourent mon corps. C’est comme ça. Certains anniversaires commandent des actions plus grandes que nature.

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Finalement, Londres

28 août, 2009

Dans la version idéale, l’avion décollait à l’heure, le vol était le joyeux prélude à un voyage unique, la fatigue de la nuit presque blanche s’effaçait derrière l’euphorie de l’arrivée, le chemin vers l’hôtel prenait les allures d’une lente mais concrète ascension vers le rêve.

Je m’appelle Viviane ; l’idéal, connais pas. Je me suis pointée à l’aéroport à 16h30, le ventre noué d’excitation, une excitation bientôt pleine de crampes. C’est donc repliée sur moi-même que j’ai récupéré mon billet d’avion, puis carrément courbée en deux que, un peu plus tard, je me suis dirigée vers les douanes. Où mon attitude a paru suspecte. Ils ne m’ont pas retenue longtemps – des questions pour me tester et donner l’impression qu’ils font leur travail avec sérieux -, mais suffisamment pour que le stress achève mon estomac.

Au moins ai-je gagné mon siège dans l’avion à l’heure convenue. Comme s’il suffisait d’être tous assis pour que l’avion décolle. On nous a prévenus qu’il y aurait un délai de 15 minutes. On s’envolait deux heures plus tard. Une histoire de calibrage de la soute à bagages ; ils avaient dû s’y reprendre plus d’une fois.  J’aurais rechigné si je n’avais pu, dans l’intervalle, me rincer l’oreille avec une scène de rupture au téléphone. Ma voisine se rendait à Londres pour surprendre son amoureux mais, trop excitée, elle lui a vendu la mèche. À entendre les justifications larmoyantes de la femme, il n’appréciait pas la surprise.

london_big_ben_phone_box1Je saute les événements, relativement banals, pour en arriver à l’hôtel, le Holiday Inn Royal Dock. Choisi pour sa situation, le sud-est de Londres, là où battait déjà le coeur névralgique des événements dont je voulais être à la fois spectatrice et actrice. À la réception, on me dit que la chambre qui m’était destinée a été saccagée par les précédents occupants. Que je peux en avoir une autre, mais le personnel est débordé, je ne pourrai y avoir accès avant 18h. Il est 10h. Je n’ai pas dormi depuis plus de 24h.

Qu’importe. J’ai flâné. Ai croisé une amie exilée, Marge. Ai profité de la folle rumeur qui enveloppait la ville. Décidément, Londres était devenu magique depuis quelques semaines. La fébrilité semblait s’être emparée de la population. Il y avait longtemps qu’un tel engouement n’avait pris d’assaut la capitale, titrait The Daily Star. J’étais là, j’y serais, j’y aurais été!

Demain, 29 août, les premières célébrations prépareront le terrain pour le véritable événement. Je tâterai le pouls de toute cette énergie. Sans doute ne pourrais-je résister à l’envie d’y aller de quelques pas de danse de circonstance.

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Pré-Londres

27 août, 2009

J’ai arrêté d’avoir hâte il y a longtemps. L’attente fébrile de Noël, de mon anniversaire, de la fin de l’école, de la récompense promise, de la visite chez parrain : je sais maintenant que ces événements finissent toujours par arriver, que je les espère ou non. La roue tourne sans que je ne la tourne. L’écoulement bête du temps.

Mais là, c’est différent. J’ai hâte, parce que l’attente dure depuis toujours – oui, je m’exprime avec la démesure de l’enfant excité. J’ai hâte, parce que mes attentes sont élevées. S’il y a là un risque de déception, ce sera seulement celui de réaliser que j’ai sous-estimé l’objet de mes désirs, lequel dépassera les idées les plus folles.

aircanadaCe soir, 19h40, je prends l’avion pour Londres. Air Canada. Je n’ai pas hâte à Londres, pas plus qu’à la Grèce ou à l’Écosse : eux aussi, ils finissent par arriver. Ce à quoi j’ai hâte, au contraire, ne devait plus se produire. Je n’y rêvais que davantage. Il faut bien rêver au-delà de la réalité.

Départ à 19h40, donc arrivée à l’aéroport vers 17h. Pas pour respecter le 3h recommandé – jamais -, pas pour profiter de l’ambiance de l’aéroport – encore moins -, mais parce que d’y être me rapprochera de mon rêve. Comme l’enfant, toujours le même, qui résiste au sommeil pour accueillir le Père Noël. Qu’il en profite, parce qu’il n’aura plus hâte pour bien longtemps.

Mon bagage à main est prêt. Je voyage léger pour éviter l’attente de la réception des valises à l’arrivée. De l’attente, je n’en manque pas ; pas besoin d’en rajouter. C’est l’insupportabilité de cette attente qui me pousse d’ailleurs à reprendre du service ici. Écrire, c’est occuper l’attente, c’est tromper l’ennui. Ce sera aussi, cette fois, l’occasion d’immortaliser l’événement de ma vie – les grands rêves ne connaissent pas la mesure des mots, il faudra m’excuser.