
Comme si
31 août, 2009Ivre de sa présence, ivre de l’énergie un peu folle qui règne sur Londres. Je n’ai pas réfléchi. J’ai acheté un billet sur le marché noir, convaincue que celui qui se faisait arnaquer, c’était le vendeur qui refusait de le célébrer en assistant à la performance. My mistake.
On nous demandait de faire “comme-si” – comme si c’était vrai, comme s’il était là, comme si les chanteurs performaient aussi bien que lui, comme si nos pas de danse égalaient les siens, comme si, au final, on s’amusait, comme si on appréciait. Une fiction grandeur nature, dans laquelle on était appelé à jouer un rôle. Je ne sais pas faire semblant. Lui, au contraire, en était réduit à cela depuis longtemps. Peut-être se situait-il d’ailleurs là, l’hommage : non pas sur sa qualité d’entertainer mais sur son art de la feinte.
Il aurait pu être dans la salle ce soir-là que personne ne l’aurait reconnu. C’était, je crois, ce qui m’avait bêtement poussé à me rendre dans ce Jazz Café – qui n’avait de jazz que le nom, en cela fidèle au concept du “comme-si” de l’événement. Comme si cette reprise rap de sa chanson avait la saveur de l’originale. Comme s’il suffisait de hurler son nom au micro pour qu’on le respecte davantage. Tous ces “comme-si” soulignaient à gros traits son absence : avec lui, on ne ferait pas semblant.
J’ai quitté avant la fin, si fin il y a aux “comme-si”. Peut-être en profitons-nous alors pour agir comme s’il n’y avait jamais de fin, comme si le plaisir s’éprouvait continuellement, comme s’il n’existait pas de lendemain. Or, je veux qu’il existe un lendemain, car c’est ce lendemain qui justifie ma présence à Londres. Comme si j’étais à Londres.