
This is it
1 septembre, 2009On avait l’habitude de compter le nombre de personnes qui s’évanouissaient. Ça nous faisait rêver. Des rumeurs circulaient à l’effet que ces personnes se réveillaient à l’arrière-scène et avaient alors la chance de le rencontrer. On prétendait même que certains feignaient l’évanouissement pour en vérifier la véracité. Je voulais en être.
Je me suis souvent exercée dans mon salon. J’insérais la cassette VHS dans le magnétoscope (c’était le vingtième siècle), j’appuyais sur play, j’augmentais le son, je tamisais les lumières – tout ça, moins pour l’effet que parce que la qualité de la vidéo était à ce point mauvaise qu’on n’y voyait rien si la lumière se réflétait sur la télévision et qu’on n’entendait que dalle si le volume n’était pas dans le piton. Et encore. Je prenais soin aussi de monter le thermostat au maximum pour favoriser les étourdissements. Tant mieux si j’avais pu jeûner tout le jour – comme lui, je m’astreignais à un régime liquide à l’occasion, agrémenté de quelques sucreries – scrupuleusement notées dans mon journal intime – pour m’encourager. L’écran de 20 pouces demeurait noir une minute ou deux. Puis la foule se dessinait, s’entendait, se palpait. Déjà la fébrilité faisait quelques victimes. Je les plaignais, car elles étaient évacuées avant même qu’il ne monte sur scène. Too bad.
Mais il ne montait pas sur scène. Il bondissait, littéralement, dans une explosion d’étincelles – dont il n’avait plus peur, visiblement, puisqu’il restait longtemps, très longtemps immobile, en dépit de. Il était là, stoïque, à emmagasiner toute l’énergie que le public en délire et en larmes lui garrochait en plein visage. Je l’admirais. Crime que je l’admirais, avait précisé la jeune rebelle en moi avec tout son fiel.
Il tournait la tête à gauche, d’un coup sec. Il retirait ses lunettes fumées lentement. Il tournait sur lui-même ; le spectacle était lancé – sur la scène de l’ampithéâtre, mais il ne fallut pas attendre longtemps pour qu’il se déplace du côté de la scène publique. Un spectacle: voilà ce que ce fut, là aussi.
J’attendais que la fille en chaise roulante s’évanouisse – on les voyait, elle et son fauteuil, être trimballés au-dessus de la foule. Je voulais être cette fille. Je me disais: forcément, parce qu’elle est handicapée, elle se mérite un ticket aller simple vers les coulisses. Mais rien à faire: je n’ai pas davantage réussi à perdre connaissance qu’à devenir handicapée.
C’est donc, hélas, en bonne santé que j’ai assisté à son retour sur scène, ce soir. Qu’importe: s’il avait fallu que je ne perde qu’une seconde de ce spectacle auquel je rêve depuis l’époque où j’essayais de déchiffrer son image sur la copie VHS. Encore que c’était au tour des larmes de me brouiller la vue. Je ne l’ai pas moins trouvé magnifique.
Il a souri.
De où on était, on lui aurait vu le cul plus qu’autre chose.
Mais pourquoi ne pas avoir imaginé une entrée en scène différente? Tant qu’à imaginer! De toute façon, je ferais partie de ces groupies qui s’évanouissent. ahah
La nouvelle chanson me fait sourire… c’est pas un grand cru, mais je le dis en toute honnêteté. On dirait qu’on cherche d’une certaine façon à calmer les tensions qui l’entouraient. Le sobre “memorial”, la chanson légère, le cimetière privé, les funérailles aussi.
D’abord, il faut plutôt dire : d’où on était, on lui a vu le cul plus qu’autre chose.
Car je n’imagine rien, ni ce spectacle ni celui de Dangerous, dont je décris l’entrée (et pas celle de This is it, qui était bien différente, certes, mais tu l’as manquée, puisque tu t’es évanoui, en effet!).
Quant à calmer les tensions, cet article affirme le contraire. Chose certaine, la chanson n’est pas à la hauteur de ce que le spectacle fut, non?