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Plus j’écris, plus je n’écris pas

09 avr

Je lui avais répondu que plus j’écoutais la chanson, plus je l’aimais – alors que la relation était moins proportionnelle que causale : j’aimais la chanson, donc je l’écoutais en boucle. Mais lui, il aura grandi dans ce malentendu, et il sera entré dans les ordres en se convainquant que, plus il lirait Jésus, plus il l’aimerait. Il aura rêvé de fonder une nouvelle communauté, sans comprendre que, pour ces pairs aussi, l’amour pour Jésus était l’origine et non la finalité. Est-ce parce qu’ils ont réalisé sa méprise qu’ils l’ont abandonné, l’un après l’autre ?

Il s’exila pendant quelques années au Brésil. De bidonville en bidonville, il construisit des écoles. Il était chaque fois accueilli comme un sauveur, dans un tonnerre de djembés. Il enseignait à tous ces déshérités que, plus ils étudieraient, plus ils aimeraient cela. Il n’avait pas quitté les lieux depuis une journée que les livres brûlaient, et avec eux l’école, devant une foule qui s’entretuait pour s’approcher des chaudes flammes, quitte à y laisser la peau des plus faibles.

À son retour, il m’avait fixé un rendez-vous au Tim Hortons. Cadavérisé par le néon, achevé par le café, il me confia la certitude de l’Appel qu’il avait reçu. Certes, c’était un véritable chemin de croix, mais plus il souffrait, plus il aimait Jésus. En fait, « j’aime Jésus, donc j’accepte de souffrir ». Dans les deux cas, ça n’allait pas.

 
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Publié par le 9 avril, 2011 dans Uncategorized

 

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