C’est … de savoir que tu ne seras pas là. J’écrirais « c’est drôle », si je n’évitais pas généralement cette expression qui ne désigne rien dont on peut rire. Mais « drôle » comme pour ces choses qui arrivent naturellement sans qu’on s’y soit attendu, sans qu’on l’ait prévu, sans qu’on l’ait même cru possible. « Drôle », parce que c’est le constat d’une perte, mais dépourvu d’émotion : ni sentiment de libération ni tristesse. Pas plus que de l’indifférence puisque, malgré tout, je pense (à) ton absence. Elle ne passe pas inaperçue. Mais c’est tout.
On dira que c’est le travail du temps, le temps qui fait son oeuvre. Je ne le crois pas. Du temps, il y en a eu beaucoup entre nous, et rien n’a changé. Il y a eu aussi beaucoup d’absence et de silence – il n’y a eu essentiellement que ça, même, mais cela ne nous a pas éloignés non plus. J’y verrais plutôt la marque de la parole, ou celle de la solitude profonde. Celle-ci plus que celle-là. Peu de choses ont survécu à celle-ci.
Tu ne sais rien de tout cela, et pourtant je t’en annonce la fin. Tu n’y comprendras rien, car les anecdotes ne mènent pas vers un quelconque dénouement, contrairement aux histoires. C’est à se demander si nous avons joué dans le même épisode. En fait, j’ai essayé de jouer la légèreté de ton scénario mais, au final, mon casting est celui d’actrice d’histoire.

