Archive de la catégorie «À toi»

h1

Mauvais casting

23 février, 2009

C’est … de savoir que tu ne seras pas là. J’écrirais « c’est drôle », si je n’évitais pas généralement cette expression qui ne désigne rien dont on peut rire. Mais « drôle » comme pour ces choses qui arrivent naturellement sans qu’on s’y soit attendu, sans qu’on l’ait prévu, sans qu’on l’ait même cru possible. « Drôle », parce que c’est le constat d’une perte, mais dépourvu d’émotion : ni sentiment de libération ni tristesse. Pas plus que de l’indifférence puisque, malgré tout, je pense (à) ton absence. Elle ne passe pas inaperçue. Mais c’est tout.

On dira que c’est le travail du temps, le temps qui fait son oeuvre. Je ne le crois pas. Du temps, il y en a eu beaucoup entre nous, et rien n’a changé. Il y a eu aussi beaucoup d’absence et de silence – il n’y a eu essentiellement que ça, même, mais cela ne nous a pas éloignés non plus. J’y verrais plutôt la marque de la parole, ou celle de la solitude profonde. Celle-ci plus que celle-là. Peu de choses ont survécu à celle-ci.

Tu ne sais rien de tout cela, et pourtant je t’en annonce la fin. Tu n’y comprendras rien, car les anecdotes ne mènent pas vers un quelconque dénouement, contrairement aux histoires. C’est à se demander si nous avons joué dans le même épisode. En fait, j’ai essayé de jouer la légèreté de ton scénario mais, au final, mon casting est celui d’actrice d’histoire.

h1

Au cas où

6 décembre, 2008

Je t’écris parce que j’ai l’impression que tu pourrais me sauver de ma tristesse. C’est stupide. Je sais que tes mots n’y peuvent rien – ou n’y ont jamais rien pu, ce qui n’est pas tout à fait pareil. Du reste, j’ignore quel mot me soulagerait. Peut-être parce que nous n’avons pas de mots à nous. Tout au plus quelques étreintes, aussitôt partagées, aussitôt éteintes. 

Je t’écris pour que tu ne m’oublies pas, entre le  souvenir de ces étreintes passées et l’attente de nos étreintes futures. C’est stupide. Les silences, même longs, ne causent pas forcément l’amnésie. Tu me l’as montré. Mais ils nous rendent difficilement indispensables à l’autre. Si on survit à l’absence, à quoi bon poursuivre et maintenir la présence?

Je t’écris pour provoquer ta présence. C’est stupide. Les confidences sont rarement spontanées ; que je sois constamment là ne t’encouragera pas à me révéler quelque secret. Le temps des secrets est révolu – et le nôtre aussi, sans doute. J’en suis convaincue mais, si les certitudes ont le mérite de rassurer, l’espoir a l’avantage du rêve. Le rêve qui laisse croire que ce quotidien n’est pas la fin de tout.

Je t’écris au cas où.