Et si le Père Noël était noir ? Et si Dieu était une femme ? Dès mon plus jeune âge, j’ai été conduite à remettre en question mes préjugés, par rapport à des choses aussi fondamentales que la nationalité du Père Noël et le sexe de Dieu. Quand même. À 8 ans. Pas étonnant que ma vie soit, depuis, guidée par une incertitude maladive. Je me raccrochais néanmoins à un fait avéré, un seul : Hitler était un homme. Une moustache, de l’autorité, un penchant pour les blondes aux yeux bleus : c’était un homme, assurément. Mon angoisse avait dès lors diminué. Chaque soir je m’endormais paisiblement sur cette conviction, laquelle m’accueillait de l’autre côté de la nuit comme une bouffée d’optimisme pour la journée. C’est le seul repère qui avait échappé à la postmodernité. J’avais de nouveau espoir en l’avenir.
Jusqu’à ce que certaines rumeurs laissent entendre que Hitler serait une femme. Âgée entre 20 et 40 ans au moment de sa mort. Sa naissance en 1889, sa sexualité, ses relations intimes et interpersonnelles, ses habits de petit soldat, son unique couille, son suicide viril : c’est toute sa vie – et, par le fait même, la mienne – qui est remise en question par de récentes découvertes. Hitler, un travesti ? Un transsexuel ? Un hermaphrodite ? Une lesbienne ? Un agent secret ? Si sa génétique est suspecte, toute sa personne le devient, toute certitude que l’on pouvait avoir à son égard. Hitler, un nain ? Un cul-de-jatte ? Un prêtre ? Un barreau de chaise ?
De la même façon que la perspective d’un Père Noël noir a donné lieu à une variation infinie de dessins, on peut compter que, dans les années à venir, la fragilisation du statut de Hitler stimulera l’imagination de la jeune génération. Le jour n’est pas loin où mon enfant, au retour de la maternelle, me tendra son chef-d’oeuvre en me disant : “Regarde maman, j’ai peint Hitler, la femme bionique”.



