Archive de la catégorie «présence de soi»
27 octobre, 2009
J’ai voyagé de Glasgow à Los Angeles aujourd’hui. Journée épuisante, qui se terminera dans un monde qui aurait pu exister, si la Grèce n’avait pas eu lieu.
D’un aéroport à l’autre, j’ai capté des bribes de vies en mouvement, sauf une.
Tant de silence et de silences.
Dormir.
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21 octobre, 2009
Laver le monde de ses larmes.
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18 octobre, 2009
Tant qu’à rêver être quelqu’un d’autre : un vieil homme aux cheveux mi-longs blancs, portant la barbiche blanche et la moustache noire ; caché derrière un fedora – blanc ou beige, selon l’humeur ou la lumière du jour – et des lunettes fumées ; une canne à une main, un cellulaire à l’autre. Je n’existerais pas autrement qu’assis sur une chaise, seul, à regarder ailleurs.
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17 octobre, 2009
Une autre vie que j’aimerais squatter, c’est celle d’un médecin noir bedonnant accusé d’homicide involontaire. Je voudrais qu’on se réveille en pleine nuit pour me haïr, qu’on me crache au visage, qu’on m’insulte jusqu’à en vomir de rage. Les lettres de menace afflueraient ; je les lirais au petit-déjeuner, devant mon épouse qui serait restée à mes côtés pour jouir de ma misère. Mes enfants, de même, me traiteraient en paria. Je passerais mes journées dans l’obscurité, derrière des fenêtres placardées pour éviter de périr sous une balle perdue. Les médias, indécrottables, camperaient sur le seuil. Sur toutes les tribunes, ils baveraient mon incompétence, jongleraient avec mon intégrité, m’épingleraient en Commandeur. Pour ma défense, je me rabattrais sur Dieu et sur le triomphe de la vérité. Je demanderais qu’on me fasse confiance, sans donner d’autre raison. Ma voix de falsetto deviendrait une énième arme pour mes détracteurs : on me dirait louche, coupable, gai. Une face de bat, une face à fesser dedans jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus rien d’humain, à l’image du crime commis. Mais qu’importe l’horreur que j’incarnerais ; pour plusieurs, un tel sort semble néanmoins, au final, plus enviable que celui d’être roi.
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7 octobre, 2009
Si le téléphone sonnait si souvent au milieu de la nuit, c’était pour annoncer la mort. Je laissais la boîte vocale prendre le message. Il serait toujours trop tôt pour l’apprendre. Des voix qui remplissaient le silence éternel d’un autre. J’écoutais les mots en boucle au déjeuner, ces mots rendus ridicules par la distorsion d’un appareil cheap. Cet effet d’irréalité était chaque fois jugulé par le laconisme de l’interlocuteur : il est mort, puis une hésitation – car comment enchaîner après la fin. Sinon en pleurant, des années. La boîte vocale débordait.
Aujourd’hui, quand le téléphone sonne au milieu de la nuit, c’est pour annoncer une certaine vie. Celle de la débauche. Je réponds dès la deuxième sonnerie. Il serait toujours trop tard pour l’apprendre. Je dis oui oui oui, à qui, à quoi. Comme si je ne voulais pas mourir seule en pleine obscurité, qu’on enregistre ma mort sur la boîte vocale de la solitude. Je choisis plutôt l’autre mort, la petite, celle qui vous va apparemment si bien. Mais c’est du pareil au même, finalement ; il y a bien quelqu’un qui meurt ces nuits-là, et c’est forcément triste.
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16 septembre, 2009
J’ai toujours voulu être un grand brûlé. Pas n’importe lequel : le rescapé d’un incendie qui aurait été volontairement allumé par mon propre père. Si je voulais d’une autre vie, c’est celle-là que je choisirais, enfilant un masque de peau informe qui cacherait l’être humain que j’ai pu être. Me sentir comme une marionnette désarticulée, cousue à partir d’un divers de matériaux et de tissus dont il vaudrait mieux ne pas questionner l’origine. Mi-cadavre, mi-animal, assurément. Du crin de cheval en guise de touffes de cheveux. Des yeux agrafés pour éviter qu’ils ne tombent des orbites agrandis par la peur. Quelques crevasses pour rompre la monotonie d’un visage du reste déformé par un dentier mal ajusté. De la cire fondue comme lèvres, figées dans une grimace et maquillées pour ajouter à l’imposture. Un corps asexué sur lequel le temps n’aurait plus d’emprise, si ce n’est qu’il serait trahi par une voix fluette d’enfant, la voix que j’avais lorsque ma vie s’est arrêtée dans l’incendie. Tous des artifices pour montrer ma mort en spectacle. Pour mieux aller parader à la télévision en heure de grande écoute, pour narguer ceux qui me pleurent. Voilà comment j’aimerais finir mes jours, oui, comment j’aimerais que l’on se souvienne de moi.
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13 septembre, 2009
C’est fini : je n’aime plus les morts. Je veux dire : je n’aime plus ceux qui meurent. Ou, plutôt : je n’aime plus la mort, celle qui fait mourir. Il est difficile de parler de la mort, d’en parler en termes justes ; il faudra excuser les hésitations, les approximations, les maladresses. Mon manque de pudeur, surtout, qui ne sied pas à l’adulte qu’il faut être. L’adulte qui accepte la mort parce qu’ainsi va la vie, c’est comme ça. Elle fait partie de la réalité des choses. On ne peut rien y changer. Du reste, elle fait devenir plus adulte ; c’est bien, faire preuve de maturité. On n’apprécie pas ceux qui n’agissent pas conformément à leur âge. Ainsi donc la mort existe, elle arrivera inexorablement. Mais on ne m’a pas demandé mon avis. Un jour, from nowhere, la mort est arrivée. J’ai compris, en fait, qu’il s’agissait de la mort, car on ne m’a rien expliqué, ni avant ni après. J’en ai déduit qu’elle s’imposerait toujours comme ça : fatale et fatalement. Comme une mauvaise surprise, me laissant incrédule à la fois devant la surprise et devant son extrême mauvais goût. Sans compter l’arrière-goût qui, durable et puissant, te fait grimacer aux larmes à intervalles irréguliers mais indéfiniment, visiblement. Or je n’ai plus envie de croire à la mort. Elle ne me sert à rien, elle ne me sert en rien. Qui sait si elle n’est pas une illusion collective, le résultat d’une croyance universelle dont la mort tire son pouvoir d’exister. Qu’elle cesserait d’advenir si on n’y accordait plus de crédit, suivant l’idée selon laquelle ce qu’on ne voit pas n’existe pas, ce qu’on ignore demeure virtuel. Alors voilà, j’arrêterai d’y croire, parce que je n’en retire aucun plaisir. À moins que, peut-être, il s’agisse de quelqu’un que je n’aime pas. Mais là encore, le mal-aimé de l’un est le favori de l’autre. Si l’on acceptait néanmoins la mort des honnis (une idée sur laquelle je reviendrai peut-être ultérieurement), il faudrait d’abord vérifier qu’ils ne sont appréciés de personne, absolument personne. Après quoi ils mourraient sans susciter le moindre regret. Autrement la mort est inutile. Bravo, elle nous apprend que rien ne nous est acquis, que la vie est fragile, qu’il faut chérir nos proches, qu’il est essentiel de s’accorder du temps de qualité, ici et maintenant. Je le savais déjà. Fallait-il donc qu’il meure quand même?
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8 septembre, 2009
Elle n’a plus de cou. Après 50 ans de fausses notes, forcément, son cou s’est aplati, la tête toujours rentrée dans les épaules pour se boucher les oreilles, mine de rien. Résultat: elle a rapetissé au fil des années. Si bien que, aujourd’hui, je lui ai offert de tout quitter pour s’installer confortablement au fond de ma poche. Le temps de composer une symphonie de démission et nous étions parties.
Seulement voilà: à ce point minuscule, j’ai fini par l’écraser de mauvais souvenirs et d’élans de désespoirs. Déjà qu’elle n’avait plus de cou ; ses épaules se sont affaissées jusqu’aux talons. Morte écrapoutie, ma fée gardienne.
Je suis maintenant à la recherche d’un géant sur les épaules duquel je pourrai m’asseoir.
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3 septembre, 2009
Je me suis arraché l’oeil. C’était la Journée Internationale de la Fiction ; j’entendais bien en profiter.
[Pour ceux qui l'ignorent, aujourd'hui avait lieu la 3019e Journée Internationale de la Fiction (JIF). Les lois de la réalité sont alors déboulonnées. Tout devient permis, possible, réalisable - vrai. On peut agir en toute impunité, en toute folie, sans aucune restriction ni conséquence fâcheuse. Cela dit, cette liberté ne dure que 24h, et la majorité n'en garde pas le moindre souvenir. Aussi existe-t-il des archives de la JIF, lesquelles comptabilisent les expériences tentées par les gens. Un homme aurait ainsi marché sur les eaux ; un autre sur la lune. Un groupe a dépecé un extra-terrestre ; un autre a préféré monter à bord d'une soucoupe volante. Certains ont récupéré le Saint-Graal ; d'autres ont chassé les moulins à vent. Dans les dernières années, nombreux sont ceux qui ont voulu, notamment : noyer un nain, aimer la vie, rédiger une thèse en une soirée, enchaîner les élections, connaître le sens de l'existence, croire en l'amour, creuser jusqu'en Chine, réaliser la souveraineté de son coin de pays.]
Moi, je l’ai dit, je me suis arraché l’oeil cette fois. Je l’ai tenu dans ma main droite, que j’ai levée vers le ciel, jusqu’à ce qu’elle touche à celui-ci. Je voulais voir ce qui se passait du côté de la Californie. Le décalage horaire ne me permettait pas de m’y rendre : la Fiction n’était pas encore opérante là-bas, il était trop tôt. Il y avait beaucoup d’agitation. Tellement que, finalement, j’ai préféré ne pas m’attarder. Le cirque médiatique s’acharnait sur l’homme invisible ; j’en avais marre.
Au terme de cette Journée Internationale de la Fiction, je me suis résolue à écrire la meilleure histoire de tous les temps. Un chef-d’oeuvre dont nul ne se souviendra demain.
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1 septembre, 2009
On avait l’habitude de compter le nombre de personnes qui s’évanouissaient. Ça nous faisait rêver. Des rumeurs circulaient à l’effet que ces personnes se réveillaient à l’arrière-scène et avaient alors la chance de le rencontrer. On prétendait même que certains feignaient l’évanouissement pour en vérifier la véracité. Je voulais en être.
Je me suis souvent exercée dans mon salon. J’insérais la cassette VHS dans le magnétoscope (c’était le vingtième siècle), j’appuyais sur play, j’augmentais le son, je tamisais les lumières – tout ça, moins pour l’effet que parce que la qualité de la vidéo était à ce point mauvaise qu’on n’y voyait rien si la lumière se réflétait sur la télévision et qu’on n’entendait que dalle si le volume n’était pas dans le piton. Et encore. Je prenais soin aussi de monter le thermostat au maximum pour favoriser les étourdissements. Tant mieux si j’avais pu jeûner tout le jour – comme lui, je m’astreignais à un régime liquide à l’occasion, agrémenté de quelques sucreries – scrupuleusement notées dans mon journal intime – pour m’encourager. L’écran de 20 pouces demeurait noir une minute ou deux. Puis la foule se dessinait, s’entendait, se palpait. Déjà la fébrilité faisait quelques victimes. Je les plaignais, car elles étaient évacuées avant même qu’il ne monte sur scène. Too bad.
Mais il ne montait pas sur scène. Il bondissait, littéralement, dans une explosion d’étincelles – dont il n’avait plus peur, visiblement, puisqu’il restait longtemps, très longtemps immobile, en dépit de. Il était là, stoïque, à emmagasiner toute l’énergie que le public en délire et en larmes lui garrochait en plein visage. Je l’admirais. Crime que je l’admirais, avait précisé la jeune rebelle en moi avec tout son fiel.
Il tournait la tête à gauche, d’un coup sec. Il retirait ses lunettes fumées lentement. Il tournait sur lui-même ; le spectacle était lancé – sur la scène de l’ampithéâtre, mais il ne fallut pas attendre longtemps pour qu’il se déplace du côté de la scène publique. Un spectacle: voilà ce que ce fut, là aussi.
J’attendais que la fille en chaise roulante s’évanouisse – on les voyait, elle et son fauteuil, être trimballés au-dessus de la foule. Je voulais être cette fille. Je me disais: forcément, parce qu’elle est handicapée, elle se mérite un ticket aller simple vers les coulisses. Mais rien à faire: je n’ai pas davantage réussi à perdre connaissance qu’à devenir handicapée.
C’est donc, hélas, en bonne santé que j’ai assisté à son retour sur scène, ce soir. Qu’importe: s’il avait fallu que je ne perde qu’une seconde de ce spectacle auquel je rêve depuis l’époque où j’essayais de déchiffrer son image sur la copie VHS. Encore que c’était au tour des larmes de me brouiller la vue. Je ne l’ai pas moins trouvé magnifique.
Il a souri.
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31 août, 2009
Ivre de sa présence, ivre de l’énergie un peu folle qui règne sur Londres. Je n’ai pas réfléchi. J’ai acheté un billet sur le marché noir, convaincue que celui qui se faisait arnaquer, c’était le vendeur qui refusait de le célébrer en assistant à la performance. My mistake.
On nous demandait de faire “comme-si” – comme si c’était vrai, comme s’il était là, comme si les chanteurs performaient aussi bien que lui, comme si nos pas de danse égalaient les siens, comme si, au final, on s’amusait, comme si on appréciait. Une fiction grandeur nature, dans laquelle on était appelé à jouer un rôle. Je ne sais pas faire semblant. Lui, au contraire, en était réduit à cela depuis longtemps. Peut-être se situait-il d’ailleurs là, l’hommage : non pas sur sa qualité d’entertainer mais sur son art de la feinte.
Il aurait pu être dans la salle ce soir-là que personne ne l’aurait reconnu. C’était, je crois, ce qui m’avait bêtement poussé à me rendre dans ce Jazz Café – qui n’avait de jazz que le nom, en cela fidèle au concept du “comme-si” de l’événement. Comme si cette reprise rap de sa chanson avait la saveur de l’originale. Comme s’il suffisait de hurler son nom au micro pour qu’on le respecte davantage. Tous ces “comme-si” soulignaient à gros traits son absence : avec lui, on ne ferait pas semblant.
J’ai quitté avant la fin, si fin il y a aux “comme-si”. Peut-être en profitons-nous alors pour agir comme s’il n’y avait jamais de fin, comme si le plaisir s’éprouvait continuellement, comme s’il n’existait pas de lendemain. Or, je veux qu’il existe un lendemain, car c’est ce lendemain qui justifie ma présence à Londres. Comme si j’étais à Londres.
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29 août, 2009
Du moment que je suis prise de frissons, je sais qu’il n’y aura plus rien à comprendre. Si la raison continue de dominer, j’en suis réduite à avoir honte de me laisser aller à des gestes inexplicables. Mais la foule a ceci de réconfortant pour l’esprit culpabilisant qu’elle endosse toute responsabilité de la folie qui s’empare de ses membres.
Je n’ai rien vu, sinon des bras, des jambes, des torses, comme détachés de leurs corps d’origine. La proximité et ma taille de géant m’empêchaient de distinguer autrement que par métonymie. Je n’ai rien vu, donc, ni davantage entendu. S’il est possible de franchir la barrière du son, le son se heurte pour sa part à la barrière humaine. Je n’ai rien entendu, donc, ni davantage bougé. Ce n’est pas tout à fait vrai: le gros chauve me poussait d’un côté, l’ado hystérique me frappait de l’autre. Un pas en avant, deux en arrière, piétine l’un, postillonne sur l’autre. Une gigue postmoderne, quoi.
Ni vu, ni entendu, ni bougé. Jusqu’à ce que le silence gagne la foule, dès lors paralysée par l’anticipation. Un décompte s’est enclenché. Des grincements se sont élevés. Des pieds ont tremblé. Des cous se sont tendus. Ils ont ouvert les yeux, pas tous en même temps. Leurs corps se hissent, mécaniquement ; certains rampent. Le temps de cligner des yeux qu’ils sont tous debout, les hanches hypnotisées. It’s close to midnight, ils courbent le dos. Ils enfilent leurs griffes, sortent leurs crocs. Je crois même que quelques-uns grognent. Tantôt ils se traînent la patte, tantôt ils frappent des mains, mais toujours avec le regard vitreux de ceux qui reviennent de loin pour se venger. They’re out to get you. Ils y vont encore de quelques bonds de garous, puis s’effondrent dans un rire démoniaque.
Quand je disais: folie qui s’empare de ses membres. Quand je disais: phénomène inexpliqué et inexplicable. Quand je disais, néanmoins: frissons qui parcourent mon corps. C’est comme ça. Certains anniversaires commandent des actions plus grandes que nature.
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28 août, 2009
Dans la version idéale, l’avion décollait à l’heure, le vol était le joyeux prélude à un voyage unique, la fatigue de la nuit presque blanche s’effaçait derrière l’euphorie de l’arrivée, le chemin vers l’hôtel prenait les allures d’une lente mais concrète ascension vers le rêve.
Je m’appelle Viviane ; l’idéal, connais pas. Je me suis pointée à l’aéroport à 16h30, le ventre noué d’excitation, une excitation bientôt pleine de crampes. C’est donc repliée sur moi-même que j’ai récupéré mon billet d’avion, puis carrément courbée en deux que, un peu plus tard, je me suis dirigée vers les douanes. Où mon attitude a paru suspecte. Ils ne m’ont pas retenue longtemps – des questions pour me tester et donner l’impression qu’ils font leur travail avec sérieux -, mais suffisamment pour que le stress achève mon estomac.
Au moins ai-je gagné mon siège dans l’avion à l’heure convenue. Comme s’il suffisait d’être tous assis pour que l’avion décolle. On nous a prévenus qu’il y aurait un délai de 15 minutes. On s’envolait deux heures plus tard. Une histoire de calibrage de la soute à bagages ; ils avaient dû s’y reprendre plus d’une fois. J’aurais rechigné si je n’avais pu, dans l’intervalle, me rincer l’oreille avec une scène de rupture au téléphone. Ma voisine se rendait à Londres pour surprendre son amoureux mais, trop excitée, elle lui a vendu la mèche. À entendre les justifications larmoyantes de la femme, il n’appréciait pas la surprise.
Je saute les événements, relativement banals, pour en arriver à l’hôtel, le Holiday Inn Royal Dock. Choisi pour sa situation, le sud-est de Londres, là où battait déjà le coeur névralgique des événements dont je voulais être à la fois spectatrice et actrice. À la réception, on me dit que la chambre qui m’était destinée a été saccagée par les précédents occupants. Que je peux en avoir une autre, mais le personnel est débordé, je ne pourrai y avoir accès avant 18h. Il est 10h. Je n’ai pas dormi depuis plus de 24h.
Qu’importe. J’ai flâné. Ai croisé une amie exilée, Marge. Ai profité de la folle rumeur qui enveloppait la ville. Décidément, Londres était devenu magique depuis quelques semaines. La fébrilité semblait s’être emparée de la population. Il y avait longtemps qu’un tel engouement n’avait pris d’assaut la capitale, titrait The Daily Star. J’étais là, j’y serais, j’y aurais été!
Demain, 29 août, les premières célébrations prépareront le terrain pour le véritable événement. Je tâterai le pouls de toute cette énergie. Sans doute ne pourrais-je résister à l’envie d’y aller de quelques pas de danse de circonstance.
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27 août, 2009
J’ai arrêté d’avoir hâte il y a longtemps. L’attente fébrile de Noël, de mon anniversaire, de la fin de l’école, de la récompense promise, de la visite chez parrain : je sais maintenant que ces événements finissent toujours par arriver, que je les espère ou non. La roue tourne sans que je ne la tourne. L’écoulement bête du temps.
Mais là, c’est différent. J’ai hâte, parce que l’attente dure depuis toujours – oui, je m’exprime avec la démesure de l’enfant excité. J’ai hâte, parce que mes attentes sont élevées. S’il y a là un risque de déception, ce sera seulement celui de réaliser que j’ai sous-estimé l’objet de mes désirs, lequel dépassera les idées les plus folles.
Ce soir, 19h40, je prends l’avion pour Londres. Air Canada. Je n’ai pas hâte à Londres, pas plus qu’à la Grèce ou à l’Écosse : eux aussi, ils finissent par arriver. Ce à quoi j’ai hâte, au contraire, ne devait plus se produire. Je n’y rêvais que davantage. Il faut bien rêver au-delà de la réalité.
Départ à 19h40, donc arrivée à l’aéroport vers 17h. Pas pour respecter le 3h recommandé – jamais -, pas pour profiter de l’ambiance de l’aéroport – encore moins -, mais parce que d’y être me rapprochera de mon rêve. Comme l’enfant, toujours le même, qui résiste au sommeil pour accueillir le Père Noël. Qu’il en profite, parce qu’il n’aura plus hâte pour bien longtemps.
Mon bagage à main est prêt. Je voyage léger pour éviter l’attente de la réception des valises à l’arrivée. De l’attente, je n’en manque pas ; pas besoin d’en rajouter. C’est l’insupportabilité de cette attente qui me pousse d’ailleurs à reprendre du service ici. Écrire, c’est occuper l’attente, c’est tromper l’ennui. Ce sera aussi, cette fois, l’occasion d’immortaliser l’événement de ma vie – les grands rêves ne connaissent pas la mesure des mots, il faudra m’excuser.
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10 juillet, 2009
Je parle trop. C’est plus fort que moi. Il faut que je raconte tout, au moment où je le sens. Sans sensure – ou si peu, tout au plus retenue par la peur de déballer ainsi son intimité à de presque inconnus. Qui, devant mon flot de paroles, n’ont guère la chance d’en placer une. Ils se contentent d’écouter. Je crois. Ils ne m’ont jamais répondu. Silence total sur leurs motivations, leurs intentions, leurs justifications. Moi j’avoue j’avoue j’avoue, en espérant que. J’affirme, j’interroge, je touche, j’explique, je suppose, je devine, je pleure, je rappelle. Puis je me tais. J’attends. Jusqu’à ce que le quotidien vienne tromper l’attente. Que la fin ne se profile plus à l’horizon. Au moment où je crois avoir perdu la voix, je me remets à parler. Parce que j’ai envie d’en mourir.
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9 avril, 2009
Maintenant que je l’ai avoué à certains – qui ne s’en sont pas encore remis -, autant le déclarer ici : je suis une adepte des montagnes russes mais, surtout, des mines de charbon. D’autres se suicident pour moins, je sais. Que l’on se rassure : ce n’est pas contagieux.
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30 mars, 2009
Des deux maux je choisis le moins pire, mais le plus souffrant.
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