Des deux maux je choisis le moins pire, mais le plus souffrant.
Archive de la catégorie «présence de soi»

Simplicité volontaire
22 mars, 2009Moi, vous savez, d’être heureuse, ça me suffit ; je n’en ai pas besoin davantage.

Ça
8 février, 2009Ça recommence. Lorsque je m’en aperçois, il est déjà trop tard : Ça est accroché fermement à ma tête. À croire que Ça n’a rien d’autre à faire que de passer ses journées avec moi. Il y a bien un moyen de s’en débarrasser, mais Ça sait que je ne céderai pas à cette solution de facilité. Ça ne se vengerait que plus fort la prochaine fois, et alors tout le monde s’apercevrait que Ça traîne disgracieusement sur ma tête. J’essaie plutôt de le tolérer comme un ami - encombrant mais fiable.
Ça me raconte plein d’histoires de ses va-et-vient. Ça n’est pas bien reçu par tous ceux que Ça visite. Ça se fait souvent chasser comme la peste. Lorsque les gens en ont assez de sa présence, ils mettent un chapeau pour le dissimuler. Ça en vient à croire qu’on le trouve laid. Ça vient alors pleurer sur ma tête. Ça défait toute ma coiffure, mais je ne m’en fais plus ; toute mon énergie est dirigée vers Ça.
C’est plutôt rare, mais Ça se montre parfois heureux. Surtout quand Ça a réussi à résister contre l’attaque de la calotte et à gagner contre les Agents Exterminateurs. Ça a développé des trucs pour déjouer Ceux-ci : Ça cache son lieu d’atterrissage ; Ça semble sévir partout à la fois ; Ça signe une alliance avec Ceci ou Cela qui le protège ; Ça permet généreusement à celui qui le reçoit de se reposer… Ça n’a pas voulu me révéler les moyens employés pour demeurer sur mon crâne.
Si d’aventure vous aperceviez Ça trôner sur ma tête, n’en laissez rien apparaître. Ça se réjouit qu’on le remarque, et quand Ça s’excite, Ça saute partout et Ça devient particulièrement douloureux. Ignorez-le ; avec un peu de chance, Ça ira se faire voir ailleurs, pour un temps du moins.

L’oeuf ou l’enveloppe
27 janvier, 2009Il m’a dit Tu vas voir, un moment donné, tu ne le verras plus que tu ne vois pas. Là, tu es jeune, ton cerveau est vif, mais quand il le sera moins, il ne le remarquera plus.
Jeune, alerte et aveugle, puis vieille, sénile et voyante.
« mes yeux sont tellement collés au point de vue que je regarde
qu’il me semble qu’ils vont saigner » (Cézanne)

Pourrie de talent
17 janvier, 2009Je le voudrais, mais je ne peux pas. Pas parce que j’ai mal – en fait, si, mais j’arrive encore à le supporter -, mais parce que la vie fuit. Elle fuit toujours, mais elle se montre parfois généreuse ; alors elle m’attend et, l’espace d’un bref instant, elle me laisse en saisir une parcelle – l’absence d’un ami, la solitude, l’admiration, la virilité d’Ovila, l’imaginaire, la complicité, une bourde politique… Peut-être continue-t-elle à me tendre des perches, mais je ne les vois pas. Il ne me reste plus qu’à écrire ce vide, cette absence, et c’est ce que je fais quand je n’écris pas. C’est une prise de position artistique : je n’écris pas parce que je n’ai rien à dire ; je n’écris pas pour dire ce rien. Il faudra bien, un jour, que l’on reconnaisse mon talent et mon engagement politique.

Moi et l’autre
11 janvier, 2009J’ai mauvais caractère. Je ne suis pas sympathique. L’empathie et la générosité, connais pas. Je parle peu et de travers. Je n’ai pas de conversation. Je n’ai aucun tact. Je ne réponds pas au téléphone. Je ne retourne pas mes appels. Je décline toute invitation. J’efface des « amis » de mon Facebook. Je ne suis pas à l’écoute des autres. Je les néglige. Je me moque de leurs problèmes. Je ne comprends pas leurs plaisirs. Je ne partage pas leurs joies. Je ne me réjouis pas pour eux. Je ne sais pas les réconforter. Peu m’importe leur quotidien. Ma mauvaise foi gêne. L’atmosphère devient lourde sous mon silence obstiné. Je lance des pointes assassines. Je gâche les réjouissances. Je suis méprisante. Je suis intolérante. Je suis rancunière. Je suis insupportable.
Ce soir, quand je l’ai vu danser à la télévision, j’ai crié. Quand son nom est apparu au générique, j’ai applaudi en riant.

Le chevalier déchu
14 décembre, 2008Il a hésité un instant, puis il s’est contenté d’un sourire triste – mais résigné, je dirais. J’en ai eu un pincement au coeur (mon premier ; j’ai su, enfin, ce que c’était, et ça fait mal). Je l’aurais pris dans mes bras, si j’avais été ce genre de femme, ou si cela avait été approprié (bref, je ne l’aurais jamais fait). Tout ce temps à m’imaginer nos conversations, ces monologues où je lui crachais ma détresse en plein visage (toujours ce fantasme de cracher ma nudité à tout vent). Seulement parce que nos rôles me le permettraient (et parce que j’ai la faiblesse de croire que ça me ferait du bien).
De tous les débordements festifs de la soirée, c’est son fragment de désoeuvrement qui me hante. S’il n’est plus invincible au découragement, s’il n’est plus mon rempart contre le désespoir, il ne me reste plus qu’à me coucher en boule et à attendre la fin. Ce soir-là, j’aurai donc perdu mon Chevalier Contemporain et ma Dernière Duchesse.

Aristote
27 novembre, 2008Ils espèrent la fin sans même connaître le début et moins encore les événements qui mènent celui-ci à celle-là. Moi qui ai été attentive aux moindres détails, je sais que d’attendre une fin à cette histoire n’est qu’un moyen de se rassurer. Il n’y aura ni achèvement, ni apaisement, ni transformation. Je ne leur en promets pas moins une, une fin, au risque d’en fixer le moment et d’en inventer les termes, afin qu’ils puissent entamer ou poursuivre une autre histoire.

Lieux de solitude
27 novembre, 2008L’histoire était clichée et maladroite, de celles dictées par un trop-plein d’émotions et dont la part d’imaginaire est réduite à des prénoms fictifs qui ne bernent personne. Comme s’il suffisait de raconter des faits qui n’ont pas eu lieu pour prétendre à l’invention. Le naufrage, l’île, les retrouvailles manquées, le suicide : des variations sur un même thème, celui d’une solitude mal gérée, mal assumée.
Ce fut néanmoins le seul récit substantiel que je menai à terme, pour me donner l’illusion de contrôler cette histoire qui s’étirait depuis des années et à laquelle je devais imposer une fin. Une histoire qui, finalement, était aussi fabulée dans le monde réel que dans celui de la fiction, tant elle n’a eu de réalité – cette réalité que je lui reconnaissais – que dans mon esprit.
L’île n’existe plus. L’histoire que j’écris aujourd’hui, c’est celle d’un monde conquis à coup de défaites humiliantes ou décevantes, dont la dernière a considérablement élargi ses frontières. Cette fois, je n’en vois ni n’en souhaite la fin. L’urgence est ailleurs.

Avis de recherche
23 novembre, 2008
J’ai été volée. Sans traces d’effraction ni indices laissés par l’inopportun, je ne m’en suis pas aperçue immédiatement. En fait, je sentais bien que quelque chose clochait, mais je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. De toute façon, je ne l’aurais pas cru ou n’aurais pas voulu le croire, tant le geste me paraît inconcevable et me laisse incrédule.
Ce n’est qu’en matinée que j’ai réalisé le méfait commis. J’ai d’abord fouillé partout de fond en comble, avec le mince espoir de retrouver ce qui m’avait été dérobé. Comme si je ne savais pas qu’il s’agissait là d’objets précieux, convoités par plusieurs. Je les avais moi-même acquis, voire mérités à coup d’efforts et de sacrifices, et je n’avais cessé depuis de craindre de les perdre. C’était arrivé à d’autres, après tout.
Maudit sois-tu, voleur d’histoires! J’ai eu beau viré les mondes à l’envers, toutes les histoires ont disparu, sinon celles déjà connues. Je ne capte plus les idées en circulation ; l’air est étrangement vide. Récemment, j’avais rencontré un lutin qui se déhanchait langoureusement ; envolé! Le touriste agoraphobe, le mutilé du nombril et Christophe Colomb en bobettes ont connu le même sort, vraisemblablement. Ils n’ont pas fui, pour sûr ; enthousiastes, ils anticipaient leurs aventures prochaines. Colomb attendait avec impatience de fonder une Amérique nudiste – que serait notre continent aujourd’hui? – , et le lutin s’apprêtait à participer aux olympiques de cerceau.
Ni le Chat botté ni Bouscotte ne les ont croisés. On m’a volé mon imagination. C’est un Noël triste qui s’annonce ; sans invention, la réalité, celle des fêtes en particulier, devient insupportable. Même l’alcool n’y suffira pas. Que sont les histoires devenues?

Neverland
18 novembre, 2008Ils me parlent tous de 2009 comme si j’allais encore exister à ce moment-là. Ils ont déjà oublié 2007, 2006 et toutes les autres années. Ils me font miroiter des projets qui n’ont déjà plus de sens pour moi, pas plus que leurs paroles. Je choisis le silence pour l’instant. Ils ignorent que je prépare depuis quelques semaines ma prochaine disparition, déjà amorcée d’ailleurs. En fait, je ne la prépare pas ; je réintégrerai la zone d’ombre qui, en me dérobant à la face du monde, me permet toute liberté. Ils ont aussi leur espace d’errance, mais il n’est pas exclusif. Lorsque j’y serai de nouveau, ce sera pour n’en plus sortir, je l’espère. Là, maintenant, j’ai hâte de ne plus exister, sinon ici et là-bas.

Le bonheur en joggings
15 novembre, 2008J’ai mis mes lunettes bleues et mes pantalons de jogging aujourd’hui. D’autres en auraient fait un événement à célébrer, autour d’une fondue chinoise et d’une bonne bouteille. Les choses ne se passent pas ainsi dans mon monde. Ici, on oublie. On n’oublie rien ; on oublie qu’on pourrait ou qu’on devrait. Mais la prostitution n’est pas permise. Le quotidien s’ignore, l’infime ennuie, le compromis déçoit. La seule foi qui vaille, c’est celle en l’intensité. Si elle est trop fugace pour qu’on y croit, on ne l’espère pas moins. Rien en-deçà de l’extase, l’exaltation, l’émerveillement. l’emportement, l’épiphanie, l’assouvissement, la béatitude, la passion – la douleur corrolaire, forcément. Un bonheur que ne sauraient susciter des lunettes et des joggings.

Footloops
12 novembre, 2008Les derniers jours m’ont forcée au silence. C’est chaque fois la même chose, lorsque je revêts mon déguisement d’adulte en mal d’avenir. J’aurais dû l’enlever au lendemain de l’Halloween. J’ai oublié, mais c’est à croire que personne n’a remarqué mon drôle d’accoutrement.
Il faut dire qu’il n’est guère effrayant comme le costume d’un buisson ni risible comme celui d’un autonomiste. Au contraire, même : je sais qu’il plaît, non pas parce qu’il m’avantage – il est mal ajusté -, mais parce qu’il rassure. J’ai l’habit rassurant, voilà. Moi, il m’indispose au quotidien. Aussi je le porte rarement, plus rarement encore de ma propre initiative, mais on me l’enfile de force de plus en plus fréquemment.
Le fait est que je ne sais plus quel chapeau me convient. Celui d’auteure de romans-feuilletons sur des boîtes de Footloops m’apparaît fait sur mesure.

Je dois
29 octobre, 2008Je me dis que je dois en profiter. Je me dis que je dois m’amuser. Je me dis que je dois occuper mon temps de façon constructive. Je me dis que je dois prendre de l’avance sur mon travail de l’hiver. Je me dis que je dois me concentrer sur l’entraînement. Je me dis que je dois lire, lire et lire. Je me dis que je dois écrire, écrire et écrire. Je me dis que je dois procéder à un ménage en profondeur. Je me dis que je dois faire tout ce que je me promettais mais qui, faute de temps, me trottait toujours dans la tête. Je me dis que je dois me livrer à mes passions. Je me dis que je dois gâter mes proches. Je me dis que je dois me prendre en main. Je me dis que je dois éplucher les offres d’emploi. Je me dis que je dois m’ouvrir à de nouveaux horizons. Je me dis que je dois développer mes talents de photographe. Je me dis que je dois le tenter, ce saut en parachute. Je me dis que je dois assouvir mes envies. Je me dis que je dois visiter les recoins inconnus de ma ville. Je me dis que je dois courir les spectacles et les événements. Je me dis que je dois élire le café le plus confortable. Je me dis que je dois assister à un congrès de pharmaciens, par curiosité. Je me dis que je dois aller à New York.
C’est pour cela qu’il faut travailler : pour éviter le stress d’avoir à faire un choix parmi toutes les activités disponibles. D’autant qu’on me le demandera, suivi d’une réaction de pitié, voire de colère si je n’ai pas volé en montgolfière ni fait tourné un ballon sur mon nez. Être en congé, ce n’est pas de tout repos ; il faut en profiter, à défaut de quoi c’est du temps gaspillé. Et alors on me méprisera, parce que je n’aurai pas saisi ma chance. Vivement le retour au travail pour pouvoir souffler un peu.

Nous écrire
27 octobre, 2008Je nous écrirais une histoire d’amitié, s’il m’était possible d’imaginer ce qui n’existe pas. Je nous écrirais une histoire qui ne peut pas exister, justement, avec des cours de poterie, des entrevues fictives à la télévision et des costumes de Batman et Robin. Je nous écrirais mon histoire, celle dans nos silences et dans nos absences, celle de mes regrets et de tes envies.
Au lieu de quoi je nous écrirai, tels que nous sommes dans cette comédie de séduction – s’il m’est possible d’écrire ce qui existe.

Mission impossible
16 octobre, 2008Il est trop tard. Que de réflexions qui n’ont pu franchir les barrières de mes yeux, qui m’ont retenue prisonnière et qui, maintenant, pendent tout juste au bout de mon nez. Au-delà elles deviennent floues, en-deçà elles demeurent troubles ; bref, ces bulles d’introspection sur l’amitié et sur la solitude, surtout, seront condamnées à flotter. Aussi suis-je à peu près certaine de ne pas en tirer quelque apprentissage ni d’en ressortir épanouie par de nouvelles priorités et de nouvelles valeurs. Voilà un cliché pour se conforter dans l’idée qu’il y a nécessairement du positif à retirer de toute situation. En fait, ma sou-mission aura simplement été trop interminable pour que tiennent les bêtes résolutions des premiers jours. Je ne deviendrai pas une meilleure personne. Je ne serai pas nourrie d’un nouveau respect pour la vie. Je ne jetterai pas un regard nouveau sur mon environnement ; je serai même aveugle.