J’ai rêvé grand aujourd’hui.
Des effluves de linge fraîchement lavé rivalisaient avec les odeurs de pot-au-feu, de pain, de biscuits et de café qui s’échappaient de la cuisine. La passion de Beethoven s’harmonisait avec les plaintes du saule pleureur à l’approche du crépuscule. Sur le mur que l’ombre grugeait, on devinait des mines enjouées d’enfants et des lendemains de veille de jeunes adultes. Une autre photographie d’un homme âgé traînait aux côtés de ce qui ressemblait à un manuscrit. Des livres partout s’amoncelaient : des écrits de Voltaire sur Louis XIV sous le faible éclairage de la bougie, le dernier roman de Saramago sur le fauteuil de lecture reçu en héritage, le journal intime de Kafka et la correspondance de Vincent Van Gogh à son frère sur la vieille table de chevet, des oeuvres du XIXe siècle flirtant avec le piano à queue. Les bibliothèques garnies ne permettaient pas d’envisager une pénurie prochaine, quand bien même l’hiver forcerait à la réclusion. Le feu de foyer promettait déjà des jours heureux.
Surtout, je ne pouvais plus m’arrêter de rire.


